mardi 15 novembre 2011

Bad as me, Tom Waits


Rha lovely...

et aussi beau que:
Little trip to heaven on the wings of your love sur l'album The Early Years Volume 1 à réécouter absolument. Je vous promets un très beau moment.


mercredi 2 novembre 2011

Calvi, est-ce fini.. et dire que c'était mon presque dernier amour...

J'ai regardé avec effarement et une vive attention l'interview télévisée de Sarkipend. Et j'ai regardé avec le même effarement et la même attention la dernière édition de Mots Croisés. Qu'est-ce qu'il est arrivé à Yves Calvi? Et surtout, comment cela a-t-il pu arriver si vite?
Tous les jours à 17h30 et des poussières j'allume ma télévision et je me connecte à France5. J'apprécie à chaque fois sa liberté de ton, sa manière agile et vigoureuse d'animer ou de modérer le débat. Je jubile de le voir poser des questions qui me brûlent les lèvres et attisent mon coeur. Chaque fois j'éteins mon téléviseur à la fin de l'émission en me disant que certes, je vais regarder, si j'y arrive les nouvelles, mais qu'avec les éléments fournis pendant cette petite heure, je vais aller plus loin dans mes réflexions et parfois voir d'un jour nouveau telle ou telle actualité.
Bien que j'ai conscience d'un certain nombre d'éléments qui devraient m'amener à modérer ma déception, il n'en est pas moins que. Certes, les intervenants de C à dire sont souvent les mêmes. Certes, dans la majorité des cas, ils représentent les courants forts s'opposant autour d'une problématique mondiale. Certes aussi, je ne suis que ce que je suis, c'est à dire un individu socialement au chômage qui en raison des contraintes organisationnelles fortes de son existence ne fournit que le minimum d'effort citoyen lui permettant de savoir de quoi on parle à défaut de comprendre ce dont on parle. Bien sûr, je ne détiens que des bribes, celles qui sont majoritairement médiatisées, du débat citoyen et ce n'est que du haut de ces trois pommes là que je m'exprime. Bien sûr je sais aussi, et ai intégré, bien que je sois un pur produit de la marge intellectuelle et sociale de ma région économique et politique d'adoption, qu'il y a des enjeux de carrière, d'évolution personnelle et professionnelle qui sont propres à tout être humain animé d'un minimum d'ambition et je conçois donc fort bien que dans le cadre d'une carrière de journaliste politique et en tant que représentant de fortes dynamiques d'audimat, il soit d'excellent ton que d'être prié, en tant que quasi-représentant de l'opposition au sein des médias français, d'interviewer le chef de l'état. Je percute aussi très bien que l'animation d'une émission à fort audimat telle que Mots Croisés requière de son intervenant principal qu'il soit capable de représenter un consensus citoyen au minimum, partisan au mieux (s'il représente en effet, ne serait-ce que symboliquement l'opposition, CAD de nos jours en France, tristement, la possibilité simple d'un dialogue), il n'en reste pas moins que je tombe de haut.
Je me pose des questions simples. Pourquoi Pernod avait-il l'air de ce qu'il est alors que Calvi avait l'air tout autre? Pourquoi a-t-il accepté, ou même a-t-il voulu, servir de faire-valoir à cette mascarade? Pourquoi alors que grâce à la tivou justement nous avons pu bénéficier de nombreuses émissions décortiquant rétrospectivement la bienveillance des médias commerciaux sur les interventions télévisées de tous les présidents de la république française depuis que la télévision existe Yves Calvi a-t-il voulu "jouer le jeu"?
Je ne me pose pas la question comme une problématique politique, ou même philosophique, mais simplement humaine. A quoi sert-il de porter, autant que médiatiquement possible, l'étendard de la liberté de ton, pour aller ensuite se coller une cravate (en plus de la veste de costard de Mots Croisés), pour aller servir de maigre micro à la médiocrité de la méritocratie française? A quoi a servi Yves Calvi et tout ce qu'il représente de la volonté des bourgeois dont je fais partie de participer à la défense du progrès citoyen et social dans cette interview? Je vous en supplie, répondez-moi...
Plus triste encore pour moi et mes espoirs de maïeutique citoyenne et sociale, je sais, je me répète, le choix des intervenantes musulmanes et arabes pour l'édition de Mots Croisés consacrée aux élections tatounasiennes et aux déclarations donnant à croire au rétablissement de la Charia en Libye. Le tatounasien en moi ne pouvait y voir qu'une volonté de rabaissement des enjeux dans ces pays. Pire, que la volonté de donner à penser qu'on pense mal dans ces contrées, même lorsqu'on pense les libertés individuelles, la liberté d'expression parmi toutes et les droits de l'homme, a fait partie des critères prioritaires lorsqu'il a s'agit du choix des intervenants.
J'en ai été réduite à trouver Védrine et Longuet pertinents. Pourquoi choisir, une réalisatrice aux cheveux bleus et au look régressivement féministe et une vieille dame nostalgique des temps immémoriaux où la Tatounasie était sous tutelle, c'est à dire jusqu'au mois de janvier cette année? La FIDH en Tatounasie a fait à plus d'une occasion le jeu de Zizi lorsqu'il exportait son image de défenseur des droits de l'homme. Certes, elle l'a combattu, mais dans ses terres et selon des règles qui contredisent violemment l'idée qu'on peut se faire d'un débat utile. Et la diffusion d'ouvrages allant à l'encontre de la Charia et de l'identité musulmane au sens plus conciliant a même du temps de Zizi fait problème, alors pourquoi amener tout cela au coeur du débat concernant le soucis que se font les démocrates français sur la montée avérée des représentations identitaires musulmanes aux portes de la Méditerranée?
Pourquoi ne donner la parole qu'à un représentant officiel de la nouvelle tendance, Marzoumonkiki, à des ruines de l'ancien système et à une beur pour représenter la laïcité en Tatounasie? Pourquoi ne pas inviter à ce débat ceux qui les ont faites ces révolutions? Les jeunes opposants, ceux qui ont permis à Lord Ghagha de continuer à diffuser sa parole malgré son exil, malgré les tortures, les coups de massue, les différents emprisonnements et même les violences issues de son propre camp de continuer à vivre au point qu'ils représentent une planche de salut dans le coeur et le porte-monnaie des tatounasiens, ces jeunes musulmans n'étaient pas sur le plateau. Les théoriciens modernistes anglais ayant intellectuellement soutenu la campagne des soldats de Lord Ghagha n'étaient pas là et les autres, ceux qui ont "révolutionné" sans se revendiquer d'aucun courant, l'immense majorité, ceux qu'on appelle ici la société civile, ceux qui fabriquent des banderoles avec des mouchoirs, ceux qui tirent avec des baguettes de pain, ceux qui enregistrent avec leur nokia xxx1 le grondement de la foule, les débats de salon, les cris de cuisine, les brouhahas des enceintes académiques, les holas de facebook twitter et autre web 2.0 depuis 2010, ceux qui sans revendiquer ni identité politique, ni religieuse, tout juste humaine, ont brandi leurs individualités à bout de doigts l'hiver dernier n'étaient pas sur ce plateau non plus. Qu'ils soient homme, femme, voilée ou en mini-jupe, ouvrier ou médecin, laïc ou imam, modernistes ou conservateurs, ils ont tous fait ce qui n'était pas pensable. Ils ont réussi à le penser, dans leur coin, collectivement, doucement ou en hurlant. Ce sont eux qui pensent, et oui, ils pensent, qu'ils étudient ou enseignent dans les meilleures universités du monde ou qu'ils crèvent la faim dans des oasis polluées et agonisantes, qu'ils soignent des chevaux ou des bourgeoises, qu'ils dressent des monuments ou des chiens errants, qu'ils élèvent des enfants ou des poules, qu'ils boivent des Celtia ou de l'eau des égôuts, ils ont pensé. Alors s'il s'agissait de penser, comme on pourrait se l'imaginer dans le cadre d'une telle émission, collégialement, entre experts, citoyens et journalistes, les nouvelles dynamiques secouant le monde arabe, pourquoi n'a-t-on pas invité ceux qui pensent, et qui surtout ce sont organisés depuis janvier pour le faire, plutôt que de donner la parole à ceux qui ne pensent pas mais défendent... des idées et des visions qui ont été ratatinées par l'air du temps tatounasien?

Les livres que j'aimerais avoir le temps de ne pas aimer...

Je vous propose de jouer au jeu suivant; vous choisissez dans cette liste un livre que je n'aurai pas le temps de lire et vous m'en faites une critique, soit parce que vous l'avez déjà lu, soit après l'avoir lu sur mon conseil. Ensuite on publie votre critique ici et la culture truc de snob entre tous devient soudainement un acte militant de solidarité. Pour ma part je mettrai à jour la liste régulièrement et je ferai un point sur les lectures que je parviendrai à faire.

En première position, le dernier inscrit des livres que je n'aurai pas le temps de ne pas aimer, tous sujets et genre confondus:

Syngué Sabour, Atiq Rahimi
La douleur de Manfred, Robert McLiam Wilson
Autoportrait de l'auteur en coureur de fond, Haruki Murakami
Elégie pour un américain, Siri Hustevedt
Jeux croisés, Marie Sizun
Le dernier mort de Mitterand, Raphaëlle Baqué
De l'eau pour les éléphants, Sara Gruen
Faire l'amour, Jean-philippe Toussaint
Stories, edited by Neil Gainman & Al Sarrantino
Vos jours sont comptés, Miklos Banffy
Serious things, Gregory Norminton
Kornwolf, Tristan Eglof
Gonzo Highway, Hunter S. Thompson
Quatre soeurs, Junichiro Tanizaki
Femmes de dictateurs, Diane Ducret
La terre des mensonges, Anne B. Ragde
Un beau jour de printemps, Yiyun Li
Lettre morte, Linda Lê
Le cuisinier, Martin Suter
Le chagrin, Lionel Duroy
Le soleil des Scorta, Laurent Gaudé
Contre la barbarie, Klaus Mann
Comment le peuple juif fut inventé, Shlomo Sand
Eradiquer la misère: Démocratie, mondialisation et droits de l'homme, Coordonné par Xavier godinot
L'histoire d'un mariage, Andrew Sean Greer
Le meilleur reste à venir, Sefi Atta
Nouveaux moments clés de l'histoire de la bande dessinée, François Ayroles
Le Tour du monde en bande dessinée, Delcourt
Le club des policiers yiddish, Michael Chabon
Le corps de Liane, Cypora Petitjean-Cert
L'oeil du tigre, Aravind Adiga
Les aventures de l'incomparable, Nasr Eddin Hodja
Ces noirs qui font la France, Benoît Hopquin
Nouvel an, Stig Larsson
Quelque chose à te dire, Hanif Kureishi
When all is said and done, Robert Hill
Salmon fishing in the Yemen, Paul Torday
La fille sans qualité, Juli Zen
La place du diamant, Merce Rodoreda
Tribulations d'un précaire, Ian Levison
La femme du monstre, Jacques Expert
Chicago, Alaa el Aswany
Nous étions les Mulvaney, Carol Oates
Fenêtres sur un nouvel âge, Georges Balandier
Seule Venise, Claudie Gallay
La promesse de l'aube, Romain Gary,
Le jour ou le temps s'est arrêté, Göran Sahlberg
On the road again, Paula Fox
Egypt farm, Rachel Cusk
Une chienne dans un jeu de quilles, Posy Simmonds
Paroles de femmes, Annie Leclerc
Saluto a la strega, Nancy Huston
Théorie de l'organisation industrielle, Jean Tirole
Au nom du 11 septembre... les démocraties à l'épreuve de l'anti-terrorisme, Thomas Deltombe
French Theory, François Cusset
Queer Critics, François Cusset
De quoi Sarkozy est-il le nom? Alain Badiou
Point de côté, Josyane Savigneau
Le premier principe, le second principe, Serge Bramly
Pour vous, Dominique Mainard
La vérité sur les cosmétiques, Rita Stiens
Coca-cola, L'enquête interdite
Votre enfant et la discipline, T. Brazelton et J. Sparrow
L'oratorio de Noël, Göran Tunström
La cause des enfants, Françoise Dolto
La consommation responsable, Marie-France Corre
A secret country, John Pilger
Petit traité de manipulation à l'usage des honnêtes gens, R.V. Joule, J-L Beauvois
Le Pays, Marie Darrieussecq
Tout se joue avant 6 ans, Fitzhugh Dodson
L'immeuble Yacoubian, Allaa el Aswany
The wood, Harlan Coben

Mises à jour: 5 juillet 2008, 7 décembre 2008, 23 mars 2009, 23 otobre 2011

Parle-moi d'amour (A&R Crumb)


Plein de souvenirs, une identification un peu crasse et beaucoup de rires à la lecture de ce journal d'un couple. Y'a des choses qui ne changent pas, quoiqu'on en dise.

mardi 1 novembre 2011

Abracadabra le Conseil Fédéral


C'est quoi cette formule magique dont j'entends parler depuis vingt ans (que je vote) sans savoir exactement d'où ça vient tout en ressentant au fond de mes tripes que c'est juste, que c'est bon, que c'est rassurant, que c'est confortable, que c'est bien (sic), bref, que c'est suisse?

Une règle non-dite sur la composition quadripartite du gouvernement Suisse. Tacitement les principaux partis politiques du pays constituent le gouvernement selon leurs alliances, leurs accords et au mieux leur volonté de consensus, au pire leurs compromissions, leurs ambitions, leurs silences et leur flou(s), évidemment dans l'idée de représenter au mieux l'électorat suisse, dans une idée de système de concordance.

La légitimité et la nécessité de ces négociations inter-partis pourrait déjà dater de 1848 au moment où des tendances parfois très opposées ont commencé à secouer le Conseil Fédéral. A l'époque l'anticléricalisme et l'antijésuitisme sont de forts dénominateurs communs entre les différentes tendances mais cela n'empêche pas qu'en 1891, pour la première fois un non-radical, le lucernois Josef Zemp, premier démocrate-chrétien, entre au Conseil Fédéral.

C'est à travers plusieurs claques électorales que les radicaux font passer de la théorie à une réalité officieuse la fameuse formule magique. Tout en s'alliant aux partis bourgeois pour gouverner contre le socialisme, ils réussissent le paradoxe de donner naissance à l'idée de la nécessité d'une stratégie consistant à intégrer ces mêmes socialistes pour être surs de les maîtriser, idée en gestation depuis les années 20 et s'imposant petit à petit.

En 1919 un deuxième conseiller fédéral catholique conservateur entre au CF, le fribourgeois Jean-Marie Musy. Les radicaux sont donc cinq conseillers fédéraux sur sept qui constituent le Conseil Fédéral: En 1929 l'élection du bernois Rudolf Minger représente les tendances de droite populaire qui travaillent l'électorat suisse depuis une dizaine d'années. Avec lui c'est l'entrée au Conseil Fédéral de l'ancêtre de l'UDC, le parti agrarien. Au même moment, le parti socialiste multiplie par deux le nombre de ses mandats au parlement (l'Assemblée Fédérale) et zou, exit l'hégémonie radicale ou presque... Se forme alors la première mouture de la formule magique en une alliance entre les radicaux, les catholiques et les conservateurs protestants, tous unis contre l'internationale... socialiste. 4 radicaux, 2 conservateurs catholiques, 1 agrarien.

En 1943 les socialistes ayant montré patte blanche sur les points les plus importants aux yeux des conservateurs (renoncer à la révolution, défendre la nation), le parlement fédéral est bien obligé d'élire un conseiller fédéral socialiste, le bernois Ernst Nobs. En 1951 il est remplacé par Max Weber qui démissionne en 1953 suite à sa défaite électorale sur le projet de réforme fiscale.

Les socialistes quittent le gouvernement et posent une condition pour y revenir: deux sièges. Ils s'allient aux catholiques conservateurs pour permettre à ceux-ci l'obtention d'un troisième siège en 1954. Siège que les PDC promettent de leur rendre dès que possible. En 1959, un renouvellement intégral du gouvernement s'impose. Quatre conseillers fédéraux partent et les trois restants (radicaux et agrarien) acceptent une réélection. 2 radicaux, 2 socialistes, 2 conservateurs catholiques et 1 agrarien. Le travail d'intégration des ennemis politiques initié par les radicaux est finalisé par les catholiques conservateurs et la formule magique telle qu'on la connait aujourd'hui est née.

A différents moments de son histoire (1983, exit un socialiste, 2003, exit un PDC, entrée d'un deuxième UDC, Blocher etc.) cette formule magique est secouée et on en vient à se dire que ses aspects officieux, non-dits et surtout non-écrits rendent certes plus hallucinant encore l'application de ce consensus helvète mais sont bien dangereux au regard de la réalité politique. Cette formule ne peut en effet tenir que si elle continue, ainsi que ce fut le cas dès qu'elle germa, à représenter l'électorat suisse, quoiqu'il en coûte en terme de régression et/ou refus de progrès social ou de réalisme de celui-ci.

L'article 177 garantissant le respect de la collégialité, écrit noir sur blanc lui, a permis à ce consensus de tenir la route toutes ces années, principalement car les conseillers fédéraux, aussitôt élus, ont appliqué jusqu'à la désolidarisation la non-représentation de leur formation politique.Les conseillers fédéraux deviennent dès qu'ils sont élus des politiciens méta-idéologies et intègrent dans leur pratique politique le sens même de cette formule magique en ne travaillant que par et pour le consensus, encore lui.

C'est grâce à cette culture "article 177" que Blocher a été "viré" en 2007 via manoeuvres peut-être contestables, clairement contestées, mais OH combien aimables, par les membres de l'Assemblée Fédérale. Malheureusement ce renvoi surtout symbolique a ouvert la porte à un comportement voyou de l'UDC qui du jour au lendemain a décidé que contrairement à ce qui est inscrit dans la constitution, ce sont les groupes parlementaires et non le parlement (l'Assemblée Fédérale) qui désigne les candidats au Conseil Fédéral. Ce quasi putsch politique, fortement critiqué par tous les partis, y compris par certaines tendances de l'UDC, a lui aussi mis en danger l'application de la fameuse formule magique.

Bref, le consensus helvétique peut à la fois sembler fort et fragile. Fort car il parvient malgré tout à refléter l'électorat sans trop céder aux extrêmes auxquels celui-ci cède parfois, fragile car il est à la merci d'une trop grosse secousse parlementaire... ou tout simplement à la malveillance de dirigeants avides de pouvoir.

Voir "conseil fédéral formule magique", Wikipédia
Largement inspiré de "Conseil Fédéral, plus qu'une arithmétique béate", in "L'Hebdo", 18 décembre 2008



vendredi 14 octobre 2011

Un beau jour... une belle fille nous parle

Elle s'appelle Clémentine, et elle est étonnante, innovante, de saison et ce n'est pas la création de Trabut. C'est Clémentine Autain qui publie aux éditions Indigène, "Un beau jour... combattre le viol". Avec des mots simples, des sentiments qui s'inscrivent affreusement dans le vrai, elle tend la main et surtout les neurones à l'autre moitié du genre humain. Et vice-versa.
Faîtes passer, c'est important.

lundi 1 août 2011

mercredi 9 mars 2011

Nos amis les arabes

Allons enfants de la Patrie... le jour de gloire est bien passé! En revanche, certes ils ont piqué la gloire des sommets, mais pour la tyrannie, ils n'avaient pas besoin de vous pomper et pour en finir, ma foi, il faudra repasser...

lundi 31 janvier 2011

For Tatounasians, with love

Les tatounasiens s’essoufflent, ou plutôt les tatounasiens « les moins démunis » ou les « plus privilégiés » s’essoufflent. Alors que la partie la plus économiquement marginalisée de la société voudrait continuer à protester et à demander que les fameux dinosaures quittent le pouvoir et ceci encore après le remaniement du gouvernement transitoire, les gens qui ont durant ces 23 dernières années bénéficié de la croissance économique tatounasienne s’essoufflent. A croire que durant ces années l’épargne, les investissements et les biens non matériels (éducation, information, expérience, confrontation à d’autres cultures) qu’ils ont accumulés ne leur permettent pas de tenir encore un peu le coup et de poursuivre le combat. Biberonnés à « ne pense pas, ne parle pas, ne regarde même pas et remplis toi les poches un peu, beaucoup, passionnément, à la folie » ils n’ont pas l’endurance, que dis-je, les couilles de soutenir cet élan.

Partout sur le web, on les entend distiller à nouveau la peur : « le pays doit redémarrer, il faut qu’on travaille, on ne peut pas laisser notre économie d’effondrer, si ça continue je vais devoir virer une de mes trois secrétaires, si ça va plus loin le chômage va exploser, tout ça va nous amener des barbus, on laisse de la place aux intégristes si… »… j’en passe et des meilleures. C’est vrai que ces 23 dernières années ont été celle d’une formidable croissance économique. La capitale a changé de gueule, la modernité s’y est installée et les Zizi et autres riches tatounasiens ne sont de loin pas les seuls à en avoir bénéficié. On est nombreux, très nombreux à avoir vu notre situation s’améliorer ces vingt dernières années ; beaucoup par chance et certains à force de mérite aussi. Mais on reste minoritaires, et ces améliorations lorsqu’elles concernent la majorité des tatounasiens ne sont que des miettes à la lumière de ce qui leur a été volé. Dommage que le reste du pays (en dehors des sites touristiques) n’en ait pas profité, dommage qu’il ait continué à crever. C’est vrai que cette croissance a généré plein d’emplois, dommage que cela n’ait pas été assez, dommage que les employeurs aient préféré mettre cette croissance au service d’un « toujours plus » pour eux, et non pas pour l’ensemble de la société.

En fait, Lela Zizi et sa bande de chacals ont été une très bonne chose pour ce pays. Ils nous ont obligés à tomber au fond du trou. Un pays entier qui se vautrait dans le confort de la belle lumière tatounasienne, de l’idée tellement réconfortante que « chez nous, personne ne meurt de faim », du beau reflet que nous renvoyait le regard de nos hôtes inconscients de ce qui se tramait, ce pays a petit à petit dû renoncer à ses illusions, à ses aises et avaler ce qui depuis 87 n’était en fait rien d’autre qu’une belle couleuvre. Un silence de honte et de gêne s’est installé, a duré, duré. Un silence mal à l’aise au pays et en dehors. Et enfin, il y a quelques semaines, toute cette gêne, tout ce silence, toute cette honte n’ont plus réussi à faire taire le désespoir : soudain, un des nôtres a eu moins peur de la fureur de Dieu que de son avenir et croyants ou pas, nous savons tous à quel point il a dû souffrir pour en arriver là.

Ce que les défenseurs de Ghachichi* et de la reprise économique du pays ne disent pas alors que tout le monde le sait c’est qu’avant le 17 décembre 2010, la plupart des habitants de ce pays, son immense majorité crevait de silence, d’oppression et de misère mentale à force d’absence d’espoir d’un avenir meilleur. Ce qu’ils ne disent pas c’est que ce n’est pas la situation économique de cette immense majorité qui a ou aurait changé. Ce qu’ils ne disent pas c’est que ceux pour qui la situation a économiquement changé, c’est ceux pour qui elle était déjà de supportable à excellente ; ce sont eux qui risquent de perdre leurs emplois, de devoir annuler leurs vacances et renégocier un crédit à leur banque, ce sont ceux qui ne trouvent plus les marchandises importées dont ils ont besoin à Carrefour, ce sont eux qui ne peuvent plus passer leur week-ends à Paris, Dubaï, Genève ou même Hammamet car l’aéroport de Tatous n’assure plus tous les vols et que les routes ne sont pas sures, ce sont ceux qui alors qu’ils survivent ou gagnent des millions tatounasiens et/ou européens ont bénéficié de la croissance économique tatounasienne. Pas les oubliés du monde qui ont eu le courage de hurler par le feu leur fureur et leur misère ! Pas ceux qui se sont fait bastonner à la Kasbah ! C’est pour des tatounasiens pour qui les choses allaient encore pas trop mal voir mieux que ces dernières semaines ont été économiquement difficiles, c’est leur marge de bénéfice pour l’année 2011 qui est sérieusement menacée si les soulèvements populaires se poursuivent. Bien sûr que des secrétaires, des chauffeurs et autres esclaves de la croissance économique tatounasienne obtenue à coups de bâtons ces 23 dernières années peuvent perdre leurs emplois, bien sûr que les cadres du secteur privé tatounasien vont peut-être voir leur commissions/salaires etc. diminuer et bien sûr que tous ces gens ne sont ni Zizi ni Crésus, mais ils ne sont pas en train de crever de faim non plus, pour le moins ils mangent, pour le plus ils emploient, dépensent et investissent sur le peuple tatounasien et sa capacité à aplanir les difficultés, à trouver des solutions et à retrousser ses manches pour travailler.

Je me pose et vous pose honnêtement la question, à part les morts, les blessés et ces derniers jours les militants et leurs familles, avec lesquelles je pleure et suis fière à la fois, qui véritablement a vu sa situation se péjorer de telle manière qu’elle puisse elle aussi nous donner à pleurer ? Ceux qui ont vu leur maison saccagée avait une maison, ceux qui ont perdu leur emploi en avait un, ceux dont les charters sont vides, avaient des charters etc.

Alors s’il vous plait, la plus privilégiée des classes moyennes du monde arabe, fermez-la un peu, arrêtez de dire que Ghachichi c’est pas si mal, arrêtez d’insulter nos morts en prétendant que tout cela a assez duré, arrêtez de donner des leçons de politique alors que vous pensez depuis 23 ans que cela veut dire la même chose que croissance économique. Je suis issue de cette classe moyenne privilégiée qui a tout intérêt à ce que le pays se dépêche de retourner aux affaires et ce n’est que parce que j’ai grandi à l’étranger, dans un pays ou la liberté d’expression est si naturelle qu’avant de découvrir effarée l’état de la Tatounasie en tant qu’adolescente, je ne savais même pas ce que cela voulait dire ou représentait. C’est grâce à ce statut d’expatriée que j’ai pu mesurer au plus juste ce silence, cette oppression, cette misère mentale. C’est en entendant, honteuse et égarée, de nombreux membres de ma famille et leurs amis défendre le régime de Zizi en me parlant de routes construites dans le sud, de l’électricité accessible à tous, d’absence de problèmes d’intégrisme, de sécurité dans les rues de Tatous et de campagnes d’alphabétisation que j’ai appris moi aussi, que j’avais beau grandir dans une démocratie européenne, j’étais moi aussi concernée par le silence, l’oppression et la misère mentale.

Je sais, je sais, ça va être impossible à digérer pour la plupart des tatounasiens que j’insulte (à mon grand regret) dans cette note, mais si si, les tatounasiens ne vivant pas en Tatounasie et n’ayant pas partagé vos souffrances, souffrent aussi. Souffrent plus que vous parfois classe moyenne la plus privilégiée du monde arabe. Ils souffrent plus que vous parfois parce qu’en Occident, aussi difficile à croire que cela puisse paraître, il est moins facile de nos jours d’accéder à cette fameuse classe moyenne qui de toutes façons est malade, parce qu’ils sont soumis à l’étranger aux règles du jeu démocratique justement, qu’il n’est pas possible de distribuer des pourboires pour améliorer le service qu’on reçoit ou d’avoir des domestiques à plein temps pour se faire aider, ou même d’avoir une maman, un père, des tatas ou des grand-mères sous la main pour s’en sortir dans les situations difficiles. Ce ne sont que des exemples, ceux qui me touchent moi, mais il y en a tant. Ils souffrent aussi parfois plus que vous parce qu’ils ont honte.

Oui, honte. Honte d’avoir des droits que dans leur pays ils n’auraient pas et honte d’être originaires d’un pays ou les citoyens n’ont aucun droit. Honte par le passé dans les couloirs de l’université d’avoir envie de manifester pour l’indépendance de l’Erythrée, mais de n’avoir ni l’envie, ni le courage, ni même d’idée sur la manière dont il faudrait se battre pour la Tatounasie. Honte aujourd’hui de crier honte à la corruption en Côte d’Ivoire et de bien gentiment fermer sa gueule sur Zizi puis sur Ghachichi, honte d’avoir eu peur avec vous tatounasiens de Tatounasie alors qu’ils auraient pu peut-être profiter de leur situation protégée pour protester, communiquer, faire parler. Honte aussi de ce en quoi ce silence a pu, même ne serait-ce qu’un peu, leur bénéficier. Parce qu’à l’étranger, le tatounasien, c’est souvent « le musulman qui boit de l’alcool, le musulman qui permet à sa femme de se mettre en bikini », bref, le musulman qui ne pose pas de problème, et c’était bien pratique, dans cette guerre de marketing livrée contre l’Islam en Occident de pouvoir se mettre à l’abri derrière les prétendues libéralités et modernité de notre pays.

Dans cet ailleurs dans lequel je vis depuis quelques semaines, je rencontre tous les jours des kenyans, des philippins, des tchèques, des éthiopiens, des tchadiens, des yéménites, des égyptiens, des européens aussi… A l’occasion des quelques mots qu’on échange il arrive qu’on parle de la Tatounasie et de tous j’ai le même écho : « j’ai vu ce qu’il se passe en ce moment en Tatounasie , je n’avais aucune idée que les gens souffraient tellement dans votre pays, j’ignorais que vous aviez un tel tyran au pouvoir ». Et malgré la révolution en cours, malgré les derniers évènements, malgré mon absence de responsabilité active dans le maintien toutes ces années de la dictature tatounasienne, j’ai honte, parce que je n’ai rien dit, rien fait, ou pas assez, et qu’ainsi j’ai moi aussi véhiculé une réalité trompeuse sur la Tatounasie et ai participé à l’écrasement du peuple tatounasien par Zizi et sa bande de truands. Si seulement j’avais eu un peu de courage, si seulement j’avais lutté contre la peur de ne plus pouvoir rentrer au pays voir mon père, si seulement… qui sait, peut-être que cela n’aurait pas été aussi loin ? Et je parie que c’est ce qu’on s’est tous dit et que cette peur est le dénominateur commun de tous les tatounasiens ici, là-bas ou au pays.

Nous autres les tatounasiens de l’étranger avons donc participé, soutenu un régime de silence d’oppression et de misère mentale et nous en avons souffert aussi. Alors comme vous nous vibrons, nous pleurons, nous nous réjouissons de voir tout cela peut-être se terminer. Et faisant partie dans l’esprit de beaucoup de tatounasiens des privilégiés, j’ai envie de dire de l’intérieur à mes complices frères privilégiés , ceux qui s’essoufflent aujourd’hui, ceux qui paniquent à l’idée de voir leur bénéfices/revenus/privilèges/facilités continuer à diminuer et peut-être risquer de disparaître : arrêtez, arrêtez de semer la peur, vos souffrances sont immenses mais plus grandes encore sont les merveilles qu’elles pourraient mettre à notre portée ! Faisant aussi partie des heureux expatriés, j’ai envie de dire de l’intérieur aussi à mes complices frères expatriés, ne vous taisez plus, parlez, communiquez, luttez, retrouvez votre courage, votre honneur, n’ayez plus peur. Il suffirait peut-être juste d’un tout petit peu de témérité, d’oublier quelques secondes le danger, et la Tatounasie du début de l’année recommencerait à gronder et ne se laisserait pas flouer !

Car tout le monde sait que l’abcès n’est pas vidé. Ghachichi soutenu par les américains et le monde des affaires en Europe et surtout en Tatounasie nous joue un bon petit tour de passe-passe. Le simple bon sens comme le raisonnement le plus élaboré devraient nous conduire à la conclusion logique que non, ce n’est pas terminé, ça ne peut pas être terminé : le bras droit de Zizi et ses conseillers ne peuvent pas gouverner cette honnête et saine Tatounasie dont nous rêvons. Même de manière temporaire. Ils devraient être en prison. Il est impossible que cet homme et les autres membres du gouvernement et les chefs d’administration de l’époque Zizi n’aient pas au mieux simplement fermé les yeux, au pire cautionné, soutenu et encouragé les méfaits de Zizi et des siens. Ils ont les mains sales, parce qu’ils les ont plongées dans les mêmes détritus. Il suffit de voir comment toute cette situation est gérée, la censure, la violence, l’inefficacité, l’opacité sont plus présents que jamais. Rien n’est fait, ne vous laissez pas manœuvrer, ne vous laissez pas aller au confort encore une fois, continuez à résister. Faîtes les dégager. C’est parce que toutes les classes sociales de Tatounasie se sont solidarisées pour se débarrasser de Zizi qu’il a dégagé. Et il n’était que la partie visible de l’abcès, il reste encore tout le pus, Ghachichi, Bacàcaca et autres comparses ; et il reste aussi tous ces gens, toutes ces nations occidentales pour qui des tatounasiens sous contrôle, des tatounasiens brimés, écrasés et soumis valent de l’or. Si cette solidarisation ne se poursuit pas pour mettre en place une vraie démocratie, sans mensonges, négationnisme et hypocrisie alors Mohamed B. ne pourra pas renaître dans nos mémoires comme un martyr, il restera pour toujours, comme nous tous, une victime.

Je suis les évènements en Tatounasie sur le web depuis des semaines et ces derniers jours, pour la première fois, j’ai senti une grande lassitude chez tous les tatounasiens au pays, et à l’étranger aussi. Il doit y avoir du soulagement à voir les choses cesser d’être aussi agitées. Mais ce soulagement ne saurait durablement cacher que la censure a été remise en place, que des manifestants se sont fait tabasser, que l’armée semble être à la solde de forces anti-démocratiques et que les acteurs de cette catastrophe ont l’intention de profiter de ce soulagement, de notre essoufflement pour nous repasser la même chanson que par le passé.

*A ne pas confondre avec Lord Ghagha, représentant exhilé des nousnoushdistes, en tatounasien, des enaenazedistes

mercredi 22 décembre 2010

Décalage ou décrochage?


Pendant que certaines femmes en sont à se poser la question de la légitimité de leurs désirs/rêves d'égalité dans un contexte économique de crise (aussi bien en Tatounasie qu'en Haut-Valais) d'autres explosent les barrières mentales à coups de kalachnikov multi-viseur! Joumana Haddad revendique certes l'égalité hommes-femmes, une participation plus importante de celles-ci aux activités politiques au Liban et dans le monde arabe en général etc., mais surtout, elle exprime en toutes lettres, en images et en revue (jasadmag.com, jasad veut dire le corps en arabe) son espoir, son combat pour voir les femmes (arabes) vivre tout ce que les hommes (arabes, les hétérosexuels et nantis au moins) vivent pleinement depuis toujours, c'est à dire Y COMPRIS et SURTOUT la liberté sexuelle, la liberté fantasmatique et leur expression naturelle libre.

Lire "J'ai tué Schéhérazade. Confessions d'une femme arabe en colère", Sindbad-Actes Sud

mardi 2 novembre 2010

Quand Fellini crayonne...


... je me sens comme une Castafiore du lasso, et cela me donne de la force.

jeudi 29 avril 2010

Méchant mais tellement drôle!

"Je n'ai jamais compris comment le risque d'avoir un biographe n'a jamais dissuadé d'avoir une vie" Emil Cioran;

"Le Duc de Guise fut assassiné à cinq heures du matin; vraiment pas la peine de se lever si tôt" Raymond Queneau.

in Grand Livre de la méchanceté, Pierre Drachline, Le Cherche Midi

vendredi 2 avril 2010

Patrimoine culinaire suisse


A défaut de pouvoir se vanter de son patrimoine gastronomique ancestral, la Suisse intègre enfin son histoire de mixité, la richesse ethnique liée à sa position géographique au centre de l'Europe et les apports de son immigration au patrimoine culinaire national. En effet l'association du patrimoine culinaire suisse définit en premier lieu un produit suisse comme étant issu d'une "tradition d’au moins une génération (c.-à-d. qu’ils ont été transmis et sont donc produits depuis 40 ans sans interruption)".

lundi 15 juin 2009

Bulfuckingarie ou le journal d'un passé en mouvement, chapitre 21


First time in Bulgaria?
Je reçois très souvent ces derniers temps des mails offusqués d’amis se plaignant d’avoir été désinscrits de ma mailing list bulgare. Je prends donc le soin de répondre de manière groupée à tout le monde à ce sujet et de vous donner quelques nouvelles. Non, non, non, je n’ai supprimé personne de ma mailing list! Comment pouvez-vous penser que je ferais une chose pareille alors que je vous ai fait subir un excès de nouvelles quasiment pendant un mois? En quel honneur vous punirais-je soudain? C’est fou le nombre de gens qui vivent selon un schéma sado-maso finalement... (sic). Donc non, je n’ai supprimé personne. En revanche, oui, je passe beaucoup moins souvent au cyber café. D’une part parce que mes problèmes d’ordinateur à l’école ont été réglés et que je dispose maintenant durant un nombre d’heures fixe par semaine de la possibilité d’utiliser un traitement de texte pour mes rapports et autres paperasses, d’autre part parce que je n’ai que peu de temps pour le faire finalement. Pourquoi peu de temps ? Bah.. trop de bulgares en Bulgarie. Trop de choses à faire à Varna. Je passe du temps seule, faut pas croire, mais ce temps j’en ai besoin. Pour réfléchir, noter, contempler (la mouette rieuse qui vient se poser sur le bord de mon balcon depuis le passage de N.), rêver en bulgare, faire des essais linguistiques devant mon miroir, chanter à tue-tête « Nasat, nasat » tirée du répertoire macédonien et dont la nostalgie me tue. Bref, du temps pour « ne rien faire ne Bulgarie ». le premier mois c’était une idée que je ne pouvais même pas envisager cela m’est absolument nécessaire. « Ne rien faire en Bulgarie », c’est aussi des promenades au bord de la mer, en longues séances de lectures dans les divers bistrots (chauffés) de Varna, des errances rêveuses sur les marchés ou des flâneries au pas de course (ben oui, quand on flâne et qu’on se les gèle) dans les rues du centre de Varna. N. vous le dira, Varna est une petite ville (officiellement 400'000 âmes, en vérité moitié plus et le triple en été). J’y croise régulièrement la vieille dame qui ramasse les fleurs pourries sur les marchés et essaie de les vendre dans des cafés. Elle a deviné au premier coup d’œil que je « croyais pas au même dieu qu’elle » et fait depuis moultes hypothèses sur mes origines ethniques. Elle est un peu folle et il faut tout lui dire plusieurs fois. Je croise également le type qui circule en patin à roulettes en se faisant trainer par un husky en laisse (il a tapé dans l’œil de N. puisqu’en plus d’être zinzin il a belle allure avec sa jaquette jaune), un autre type qui m’arrête à chaque fois et me parle longuement en bulgare bien que je lui affirme ne pas comprendre un mot de son charabia, toujours le même. Nous en sommes à la sixième édition de ce monologue qui me semble à chaque fois identique et qui raconte en gros que je ressemble à une présentatrice de la télévision câblée russe. Je crois aussi les moutras (hommes de main) venus, à cinq en Ranger Rover noire aux vitres fumées, de Sofia, pour déposer de l’argent ou des cadavres à la banque. J’ai même croisé alors que je me promenais bras dessus, bras dessous dans le jardin maritime avec N. un exhibitionniste dont la gueue malgré le froid, ressemblait à une trombe d’éléphant barissant ! Et puis il y a tous ceux que je ne croise pas, ou si peu. La majorité des habitants de Varna, qui habite hors du centre et en sort peu : des retraités qui (sur)vivent avec à peine trente euros par mois, des enfants qui ne voient la cathédrale, pourtant si jolie la nuit, qu’une fois par an lors d’une sortie scolaire. Les mères qui courent entre leur quartier et ceux dans lesquels elles travaillent, prenant soin de s’arrêter lors de chaque trajet à la maison pour voir si les enfants vont bien… Bon c’est vrai, je sors aussi et comme promis, je vous ai remplacés. Pas tous bien évidemment, ce n’est pas possible. Mais j’ai les expatriés du coin pour ne pas vous oublier : Madame Femme-oiseau pour les bonnes bouffes, Monsieur Mouetterieuse poru me souvenir que la gente masculine est irrécupérable, Mademoiselle Jairienadire pour être confrontée à l’insoutenable incommunicabilité des êtres et Monsieur Arracheorganevital pour m’aider à penser. L’Europe de l’Ouest est ainsi bien représentée, trop même parfois et je me roule dans la bulgarité avec plus de passion encore lorsque je la retrouve. Svetlana Svetlanovy dont certains d’entre vous ont découvert les histoires me casse un peu la tête parfois. C’est vrai qu’elle n’aime pas considérer « the bright side of life » et c’est vrai que c’est dur pour moi en Bulgarie de faire autrement et que du coup je coince quand elle me répète pour la 343,328 fois que l’avenir est sombre. C’est vrai aussi que je suis complètement zinzin dès que j’ai une bouteille d’eau de javel à la main et que cela peut sembler insultant pour les notions d’hygiène locales, mais je n’y peux rien.
Dans la famille de ma mère, ils sont accros à la Javel de mère en fille depuis des générations… Au final, nous parvenons la plupart du temps à nous en sortir avec le sourire, et c’est l’essentiel. Je vais aussi souvent assister à des vernissages et dois vous avouer tristement qu’aucun n’a eu l’heur de m’intéresser plus de deux secondes alors que les artistes eux me plongent dans une fascination intense à chaque fois.
Avec Maria, je travaille et puis surtout je fête régulièrement des évènements incontournables : son anniversaire, la réussite de son examen x, l’échec de son examen y, la faillite de son ancien patron, le retour du soleil, la fin proche de l’hiver, la perte d’une dent de lait de sa fille, la Saint Valentin, la fête de la première taille de la vigne (Trifonne Zarazan, mon nouveau petit nom. Vous pouvez sans autre m’appeler Trifonne ou Zarazan à présent… j’adore), la Sainte Martha bientôt etc. Tous les prétextes sont bons ici pour faire la fête et finalement c’est pas plus mal. Sauf pour le foie forcément ,mais je fais attention. Avec Pavel, son ami, je discute les mérites respectifs du lino et de la moquette, du orange ou du turquoise pour les murs de la chambre, d’un seuil en ciment ou en bois, de perceuses électriques et de contrebande. De ses expériences à la frontière sino-russe et des miennes ici. Je voyage quand il me raconte et il se rend compte que je voyage quand je lui parle. Son anglais s’améliore de jour en jour et mon bulgare lui aussi s’affirme un peu plus puisque je le parle vraiment avec Pavel.
Je voudrais aussi vous parler des Roussevi, les peintres Marina et Nikolaï, les seuls dont j’aime le travail jusqu’ici parmi ceux que j’ai rencontrés, de leur fille Darina, de leur ribambelle d’animaux et de leurs tableaux. De Vladimir le frère de Svetlana et de sa disponibilité, de Diana sa mère qui s’est mis en tête de me faire goûter les spécialités bulgares home made durant mon séjour, de Galia (enfin, des trois Galia-s que j’ai rencontrées), des enfants de Kapka, Itay et Yoanna qui font de l’escalade dans l’appartement voisin et se balancent de mur en mur alors qu’ils sont à peine hauts comme trois pommes. De leur beau-père, marin dont le regard clair est un des plus doux qu’il m’ait été donné de voir et un des plus respectueux aussi. Respectueux de ma différence, de celle de N., de toutes les différences qu’il croise au cours de ses expériences à bord de chalutiers bulgares ou étrangers. J’aimerais aussi vous faire connaître le patron de ma cantine, le restaurant qui à lui seul cumule les avantages de la propreté, de la proximité, de la qualité. Serguei son gérant met de la musique française à chaque fois que j’arrive chez lui et m’a copié ses trésors sur trois que j’écoute parfois des après-midi entières en boucle : « Viens, viens, c’est une prière viens, viens.. », Marie Laforet, cela vous rappelle quelque chose? Bon sang qui aurait cru que je chantonnerai ca un jour?????). Je pourrais aussi vous parler des jeunes filles qui travaillent au « denonocht magazine » (jouretnuit magazin), toujours souriantes, malgré les cargaisons de kiwis Tchernobyl qui encombrent parfois leur comptoir (pardon N.). Bref, encore une fois, c’est Vian et Brasseur qui me viennent à l’ esprit : tant de choz zavoir, zavoir zé à entendre...
N. était là comme vous avez du le comprendre. Elle sait de quoi je parle. Et surtout, surtout, elle a survécu. Bien sur elle a eu du bol et la tempête s’est arrêté l’avant-veille de son départ et a repris pas même une heure après son atterrissage à Sofia aujourd’hui, mais il faisait tout de même froid durant son séjour et il a neigeoté à plusieurs reprises. Je vous assure que la vue d’une égyptienne arpentant les rues de Varna un bonnet rouge sur la tête, un châle cairote autour des épaules et la langue tendue vers le ciel pour gouter les flocons est un spectacle qui vaut son pesant d’or bulgare. Vous voyez, elle n’est pas morte, elle est même ravie, repartie les valises pleines de delikatessen et le sourire aux lèvres. C’est la seule qui a jusqu’ici osé braver l’hiver bulgare et venir me rendre visite AVANT le retour du printemps. L’hiver bulgare le lui a bien rendu et a été clément avec elle: il neigeait certes, mais sous le soleil... Sa première fois en Bulgarie lui a tant plu qu’elle parlait déjà au bout du troisième jour de son prochain séjour.
J’arrête la ma propagande pro-Varna ... j’en ai surement déja trop fait. Voila en gros de quoi ma vie est faite. Je pourrais vous faire une liste de mots si vous le souhaitez. Sans les mettre ensemble. Sans les trier. Juste les aligner: bonheur, plaisir, froid, tempête, blanc, neige, Rakiya, Technicum (on a trouve un partenaire!), Balkans (un autre monde), Montenegro (les plus beaux hommes du monde), Istanbul (j’y vais en avril), mer (elle est bleue), kalkan (turbo bulgare, miam), château, monastère, Odessa (c’est en face), vins (dobel miam), Lada, Communisme (encore au moins 20 ans pour en diminuer sensiblement les effets), corruption, mort (des assassinats mafieux en série), accidents, verglas, ski, sécheresse, invasions mongoles (je lis tout ce que je trouve sur l’histoire de la région) il faut que j’arrête là cela pourrait durer des heures ce jeu. Et je n’ai pas envie de passer des heures au cyber. Je le ferai peut-être à la main, un jour ou j’aurais envie de ne « rien faire en Bulgarie ». Je pense bien à vous toutes et tous, prenez soin de vous comme un bulgare le ferait.
Zafrou

N.: tu me manques déjà, reviens, fais moche en Inglitira.
Diote: le maitre et marguerite, que j’ai emmené avec moi pour le lire a ensoleillé ma première quinzaine de février. Merci d’avoir voulu le partager avec moi. Je me félicite de l’avoir économisé. Je viens de le prêter a M. Arracheorganevital.
Samuel: j’ai reçu ton mail, je suis navrée de voir que ta tête est une telle prise de tête. Je te réponds mieux bientôt
Aza: sois gentille avec ta mère
Ouis: N. et moi nous demandions si tu serais encore au Yemen en Septembre
Mamie: j’espère que te voila rassurée
Brie: j’ai reçu ta lettre et le potlatch de Yia, je réfléchis à la possible surenchère
Rafu: merci
Bama: attrape un bon bouquin les soirs ou mes récits te manquent vraiment trop cruellement. Tiens au hasard « le maitre et marguerite » de Boulgakov. Tu verras c est succulent et des tonnes de niveaux au-dessus du mien
Herve: on joue a perdu de vue?
Tous les autres: roulage de pelles virtuelles

jeudi 11 juin 2009

La chambre du désbauché, Saint-Amant

1 Plus enfumé qu’un vieux Jambon
Ny que le bœuf-salé de Pître,
Je te trace avec un charbon
Ceste Ode habillée en Epître :
5 Matigny mon parfait amy,
Que mon œil ne voit qu’à demy
Non plus que ce qu’il veut descrire,
Parbieu ! tu dois bien admirer,
Que je tasche à te faire rire
10 Quand je ne fay rien que pleurer.

Gouspin, après t’avoir quitté,
M’a traisné dans sa belle chambre,
Où mesme au plus fort de l’Esté
On trouve le mois de Decembre :
15 Pour moy je ne puis concevoir
Par quel moyen, ny quel pouvoir
Mon corps a passé par la porte,
Car je te le jure entre nous
Qu’un rat, ou le Diable m’emporte,
20 N’y sçauroit entrer qu’à genous.

Son petit ladre de vallet,
Reste de la guerre civile,
Revient chargé comme un mulet
De cotrets qu’il excroque en ville :
25 Mais à grand peine ce magot
A-t’il allumé le fagot
Que nous estranglons de fumée,
Nous toussons d’un bruit importun
Ainsi qu’une chatte enrhumée,
30 Et nos yeux prennent du petun.

Encore, ô mon Cœur ! mon roignon !
Faut-il comme un sçavant Notaire,
Des beaux meubles du Compagnon
Te faire voir quelque inventaire :
35 Premierement un vieux panier
Tiré des fatras d’un grenier,
Est son tabouret et sa chaise ;
Que si soulageant l’escarpin,
L’un y preside en sire Blaise,
40 L’autre est tout droit comme un Sapin.

Un estuy de Luth tout cassé,
Qui traisnoit au coin d’une Salle,
Pour tout loyer du temps passé
Luy sert de chevet et de malle :
45 Les flegmes jaunes et sechez
Qu’en sa verole il a crachez,
Luy servant de tapisserie ;
Et semble que les limaçons
Y rehaussent en broderie
50 Des portraits de toutes façons.

Comme on voit au soir les Enfans
Se figurer dedans les nuës
Hommes, Chasteaux, Bois, Elefans,
Et mille Chimeres cornuës :
55 Ainsi nos yeux dans ces crachats,
Se forgeants à leurs entrechats
Cent mille sortes de postrues,
Pensent voir contre la poaroy
Les plus grotesques avantures
60 De Dom-Quichote en bel arroy.

Là l’on voit en des lieux fumans
Curé, Barbier, Niepce, et Nourrice,
Executer sur les Romans
Les sentences de leur caprice :
65 Certes si l’on traittoit ainsi
Les sots livres qu’on fait icy,
Dont à son dam la France abonde,
Je croy qu’en cét embrasement
On verroit sans la fin du monde
70 Un petit jour du Jugement.

Là, ce Guidon de Carnaval
Choque un Moine à bride abatuë,
Mais n’en desplaise à son cheval,
C’est à dire en pas de tortuë :
75 Icy trenchant du Fierabras,
Certain moulin avec ses bras
Luy fait faire en l’air une rouë,
Et le laisse en fort piteux train,
Dans un grand fossé plein de bouë,
80 Aussi moulu comme le grain.

Là, les innocentes brebis
Qu’il prend pour gensdarmes superbes,
Font de leur sang voir des rubis
Sur les esmeraudes des herbes :
85 Là, les Bergers au mesme lieu
Sondent à beaux cailloux de Dieu
Ses costes presque descharnées,
Luy raflant en ces accidents
Ce qu’un catherre et les années
90 Souffroient qu’il luy restast de dents.

Le bon Sanche y semble accourir
Aux doleances de son Maistre,
Et comme s’il alloit mourir,
Luy faire un office de Prestre :
95 Là dessus penché sur le groin
De ce beau Chevalier de foin,
Il luy visite la maschoire,
Quand l’autre luy renarde aux yeux,
Le baume qu’ils venoient de boire
100 Pour se le rendre à qui mieux mieux.

Un peu plus loin on l’apperçoit
Sur son Rossignol d’Arcadie,
Dont à la mine qui deçoit,
On pense oüir la melodie :
105 Proche de là le pauvre sot
Est contraint de payer l’escot
En especes de capriolles,
Allant conter au Firmament
Qu’on peut bien dancer sans violles
110 Quand la berne sert d’instrument.

Là blond et beau comme un Medor,
Le plat à laver de sainct Cosme
Passe pour demy casque d’or
Sur le chef de nostre fantosme :
115 Là, l’Escuyer tout transporté
Baigne ses yeux dans la clarté
Des cent ducats qu’il accumule,
Et riant comme un Faradet,
Se console aupres d’une Mule
120 De la perte de son Baudet.

Là, se fait voir quenoüille en main
Comme une Parque de village
Dulcinée, au cœur trop humain
Pour refuser un pucellage :
125 Icy mouvant le xxxxx
Repare de maint xxxxx,
Ses bras font un metier penible,
Où par un juste contrepoids
Elle s’exerce avec un crible
130 A passer le temps et des pois.

Là, Rocinante tout gaillard,
S’emancipe à courre la bague,
Et piqué d’un désir paillard,
Veut desroüiller sa vieille dague :
135 Quelqu’un parmy cette rumeur
L’accoste en fort mauvaise humeur
Qui vous luy taille des croupieres,
Et qui pour en faire un joüet
Croyant qu’il n’ait point d’estrivieres,
140 Vous-l’en fournit à coups de foüets.

Mais, c’est assez Quichotisé,
Et si quelque bourru Critique
Ne dit aussi tost sottisé,
Je n’entens rien à la pratique :
145 Cependant un tel repreneur,
Dans la lice du point-d’honneur
Pourroit bien gister sans littiere,
Et sentir sur son hocqueton
Que je suis en cette matiere
150 Tres-asseuré de mon baston.

Laissant donc peter le renard
Au nez de la hargneuse envie,
Fust-elle chez ce vieux penard
Qui blasme nostre douce vie :
155 Je veux comme je l’ay pensé,
De l’inventaire commencé
T’envoyer la piece complette,
Et la joüant sur mon rebec,
N’y laisser rien digne d’emplette,
160 Qui ne reçoive un coup de bec.

Nostre Amy propre en Escholier,
Quoy qu’il n’entra jamais en classe,
Fait d’un flacon un chandelier,
Et d’un pot de chambre une tasse :
165 Sa longue rapiere au vieux lou,
Terreur de maint et maint Filou,
Luy sert le plus souvent de broche,
Et par-fois dessus le treteau
Elle jouë aussi sans reproche
170 Le personnage du couteau.

Sa cheminée a sur les bords
Quantité d’assez belles nippes,
Qui feroient bien toutes en corps,
Fagot de bouts de vieilles pippes :
175 L’odeur du tabac allumé
Y passe en l’air tout enfumé
Pour cassolette et pour pastille,
Si bien que dans les salles troux
Des noirs cachots de la Bastille
180 Le nez ne sent rien de plus doux.

Quant à la vertu, trois beaux dez
Sont ses livres d’Arithmétique,
Par lesquels maints points sont vuidez
Touchant le nombre d’or mistique :
185 Il est plein de devotion,
Dont la bonne application
Se fait voir en cette maniere,
C’est qu’il a dans son cabinet
Des heures de Robert Beiniere
190 A l’usage du lansquenet.

Quant à du linge, en cét endroit
La toille n’est point espargnée,
Il en a plus qu’il ne voudroit,
Mais cela s’entend d’araignée :
195 Et quant à l’attirail de nuit,
Sa nonchalance le reduit
Au vray deshabiller d’un page,
Où le luxe mis hors d’arçon,
Ne monstre pour tout esquipage
200 Qu’un peigne dedans un chausson.

Encore ce peigne est-il fait
D’une areste de solle fritte,
Qu’il trouva dessous un buffet,
Monstrant les dents à la marmitte :
205 Cendre luy vaut poudre d’Iris,
Dont pour ragouster sa Cloris
Le goinfre s’espice la hure :
Sa Cloris s’entend sa Margot,
Où quand Priape l’en conjure
210 Il s’en va dauber du gigot.

Il se sert aussi quelquefois
De decrotoire au lieu de brosse ;
Ses ongles plus longs que ses doits
Luy sont des curedents d’Escosse :
215 Pour chenet il n’a qu’un pavé,
D’une botte il fait un privé,
D’un boussin d’ail une pistache,
D’une seringue un pistolet,
D’un compas un fer à moustache,
220 Et d’une rotonde un collet.

Puis quand pour prendre son repos,
Las, et non soul de la desbauche,
Il donne le bon soir aux pots
En faisant demy-tour à gauche :
225 De sa nappe il fait son linceul,
Un aix qui se plaint d’estre seul
Luy fournit de couche et de table,
La muraille y sert de rideau,
Bref cette chambre est une estable
230 Où la Peste a tenu bordeau.

Toutefois nous ne laissons pas,
Trinquans et briffans comme drôles,
D’y faire un aussi bon repas
Qu’on puisse faire entre deux Poles :
235 Nous y beuvons à ta santé
Du meilleur qu’ait jamais vanté
François Paumier ce grand yvrongne,
Sans nul soucy de l’advenir,
Si ce n’est de revoir ta trongne
240 Et de vivre en ton souvenir.


(1) Cf. les v. 25 et suiv.
(2) Pitres, villages à quatre lieues de Rouen, sur l’Andelle, où se trouvait un grenier à sel (Bruzen de la Martinière).
(4) Cf. Racan, Ode (Délices de 1618, éd. Arnould, I 126) :
J’escris mon infortune en vers
D’un tison contre une muraille.
(11) « Dans le patois normand, gouspin signifie gamin, luron » (Livet)
(14) Berni écrit au contraire : « Vi sarebbe sudato un di gennaio » (v. 95)
(20) Cf. Régnier : « La porte en estoit basse et sembloit un guichet. » Chez Berni, v. 56-57, « une porta di soccorso, sepolta nell’ortiche e nelle spine ».
(21) Ladre : « Avare, vilain & malpropre »
(22) « Très âgé » : allusion aux guerres de religion. D’après R.A. Mazzara, The Anti-hero in S.A., Kentucky For. Lang. Quarterly, 1962, 3, il y aurait là une réminiscence de Lazarillo de Tormes.
(24) Cotrets : fagots, cf. Elégie à Retz, v. 32. Musidore, dans Francion, a un « petit laquais » (p. 91), mais c’est lui-même qui va chercher son bois (p. 89).
(25) Magot, gros singe, « se dit figurément des hommes difformes, laids… , mal bâtis ».
(27) Cf. Berni, v. 63 : une salle « ond’il fumo di sotto in essa essala ».
(36) Fatras : « Bagatelles, choses vaines et inutiles qui ne sont d’aucune valeur ».
(37) Cf. Francion, p. 90 : « … un coffre de bois qui servoit de table, de buffet, et de chaise . ».
(38) « Se reposant » (le contenant pour le contenu)
(39) Saint Blaise est le patron des jardiniers ; il faut peut-être comprendre qu’il préside « sans distinction », comme un rustre, et noter la valeur emphatique de « sire ».
(42) Salle « se dit aussi des lieux où les Maîtres à danser… recoivent leurs écoliers, et leur donnent des leçons ».
(43) Loyer : récompense, rétribution, cf. Arion, v. 292. Le sens n’est pas clair. « Seule rétribution du temps qu’il a passé » ?
(44) Chevet : « Tout ce qui élève la tête en quelque endroit qu’on soit couché »
(45) Flegme « en langage ordinaire, se dit de ces gros crachats épais que jettent les gens enrhumez et les malades du poulmon ».
(49) « Rehausser d’or et de soye une tapisserie, c’est la faire paroître davantage en mêlant de l’or et de la soye avec la laine »
(51) et suiv. L’idée de ce développement vient peut-être de Régnier, Sat. Cit., v. 42-46, où l’on voit un « patissier » amuser les enfants par le spectacle d’une lanterne magique,
Où des oysons bridez, guenuches, elefans,
Chiens, chats, lievres, renards et mainte estrange beste
Courent l’une apres l’autre.
(54) Cornu : extravagant, cf. Epistre héroï-com, v. 380. Souvenir de Ronsard, Chanson (I 121) :
Comme celuy qui contemple les nues,
Fantastiquant mille monstres bossus,
Hommes, oiseaux, et Chimeres cornues,
Et Responce aux injures (II 615) :
Tu sembles aux enfans qui contemplent les nues
Des villes, des Geans, des Chimeres cornues ;
Cf. aussi Folastrie VIII, Le Nuage ou L’yvrongne (II 761) :
Je voy mille bestes cornues,
Mille marmotz dedans les nues.
(60) Arroi : « Vieux mot qui signifioit train, équipage ».
(61 et suiv.). Cf. Don Quichotte, I 6. M. Bardon, Don Quichotte en France…, 1931, p. 88, remarque que Saint-Amant fait une erreur de traduction sur « nourrice » (pour gouvernante).
(65 et suiv.) Rapprocher Poète crotté, v. 404-408
(71-74) Cf. Don Quichotte, I 8 (éd. Pléiade, p. 78). – guidon : « Officier des gens d’armes et des chevaux légers du Roy ». Il faut comprendre « ce capitaine de Carnaval ».
(75) Trancher de : se donner des airs de, cf. palais de la Volupté, v. 200.
(76 et suiv.) Cf. Don Quichotte, ibid. (p. 74).
(81 et suiv.) Cf. Don Quichotte, I 18 (pp. 148-151)
(86) De Dieu : « Ces deux mots s’emploient pour caractériser ce qui atteint le plus haut degré en quoi que ce soit » (Huguet).
(87) Don Quichotte est tellement maigre que ces côtes font saillie, et que les cailloux semblent pénétrer entre elles, en sonder le creux.
(89) « Un catarrhe », cf. Nuict, v. 28, et Caprice D.C., v. 129.
(91 et suiv.) Cf. Don Quichotte, ibid., ‘pp. 151-152).
(96) Foin « se dit aussi par mépris, pour marquer une chose de néant, peu estimable. C’est un bel Advocat de foin ».
(98) Renarder : vomir. Furetière et Richelet connaissent l’expression populaire « escorcher le renard », qui s’emploie « en parlant d’un yvrogne qui rend gorge et vomit ce qu’il a mangé ».
(99) Ce baume est celui qu’a confectionné Don Quichotte « avec de l’huile, du vin, du sel et du romarin » (I 17, p. 138), et qui a déjà eu de fâcheux effets.
(102) « Rossignol d’Arcadie, i. un asne ».
(105 et suiv.) Cf. Don Quichotte, I 17 (pp. 142-143).
(107) Non pas en espèces, en monnaie de singe, comme l’explique Livet, mais en monnaie qui consiste en cabrioles, puisque Sancho est berné.
(111 et suiv.) Cf. Don Quichotte, I 21 (pp. 176-179). _ Médor, héros du Roland furieux, est un jeune Sarrasin dont s’éprend Angélique.
(114) Don Quichotte s’empare d’un plat en cuivre que porte sur sa tête un barbier (saint Côme était le patron des chirurgiens et des barbiers), et qu’il prend pour l’armet de Mambrin ; et il remarque « qu’il en manque la moitié ».
(115 et suiv.) Cf. Don quichotte, I 23
(120) En réalité, Sancho, après la perte de son âne, rencontre bien une mule, mais elle est morte et à demi mangée par les chiens (ibid., p. 205).
(121 et suiv.) Cf. Don Quichotte, I 31 (pp. 297-298).
(130) Dans le roman, Dulcinée crible du blé, au dire de Sancho, qui ne l’a pas vue (I 31, p. 297) !
(131) Cf. Don Quichotte, I 15.
(132) Dans la course de bague, le cavalier enlevait avec sa lance un anneau suspendu : l’expression est prise ici dans un sens libre (comme celle du v. 134).
(137) Tailler des croupières : « … obliger à fuir, poursuivre vivement ».
(141) Quichotiser : s’occuper de Don Quichotte, mot forgé.
(142) Bourru : bizarre, extravagant ; cf. Poète crotté, v. 378.
(143) Sottiser est signalé par Huguet chez A. du Saix ; on peut cependant le considérer ici comme forgé au même titre que quichotiser.
(145) Repreneur : qui trouve à redire à tout, cf. Melon, v. 265.
(147) « Coucher par terre », c.à.d. se trouver vaincu et renversé.
(148) Hoqueton : cf. Elégie à Retz, v. 31 var.
(151) Huguet, v° peter, citant un unique exemple de Beroalde, ‘Dictes vostre confiteor, et puis laissez peter le regnard », explique : « Ne vous inquiétez de rien, advienne que pourra. » Mais Saint-Amant ajoute un complément, ce qui rend l’expression plus énergique encore.
(153) « Un vieux penard, i. un vieillard malicieux et esbauché »
(158) Rebec : sorte de violon à trois cordes, qui était alors hors d’usage.
(161) Propre, qui « se dit aussi de ce qui est bien net, bien orné », c.).d. élégant et raffiné, est employé par antiphrase : il est élégant comme un écolier.
(162) Sur quoique (ou bien que) suivie de l’indicatif, cf. Elégie « Que dira-t’on de moy… », v. 20.
(165) Au vieux loup : ancienne et démodée, cf. Poète crotté, v. 380.
(168) Le tréteau désigne la table, ou ce qui en tient lieu.
(171) Nippes : « Terme general qui se dit des petits meubles », ici des objets divers qui, si on les assemblait, vaudraient autant qu’un fagot (un paquet) fait de morceaux de vieilles pipes, c.à.d. de tuyaux en terre.
(177) Pastille : pâte odorante qu’on brûlait pour parfumer l’air.
(181) Trois dés : cf. Palais de la Volupté, v. 82.
(183) Vider : « Terminer, finir une affaire, un différend »
(184) Le nombre d’or « est une revolution de dix-neuf ans, trouvée par Meton Atenien, pour tâcher d’accorder l’année Lunaire avec celle du Soleil » ; Mystique : « Qui est mysterieux ».
(190) Expression parodique (les « heures » sont un livre d’heures, et l’on connaît les Heures à l’usage du diocèse de…), laissant supposer que Robert Beinière est l’auteur d’un traité de jeux. Le lansquenet était un jeu de valets (cf. note de Livet, I 551).
(197) C.à.d. à pas grand chose.
(200) Cf. Mme de Sévigné, 13 mai 1672 (éd. Pléiade, I 545) : « L’équipage de Jean de Paris n’étoit qu’un peigne dans un chausson au prix du sien », et Bensserade, Œuvres, 1697, I 105 :
Mais quand il ne vient à paroître
Qu’un peigne dedans un chausson…
Plutôt que d’une expression usuelle, il doit s’agir d’un emprunt à notre poète (dont Mme de Sévigné connaissait bien l’œuvre, cf. Saint-Amant, p. 410).
(207) « Le bon compagnon (cf. Cotgrave : « A notable fellow, an excellent companion ») se parfume le visage. »
(210) Dauber du gigot : frapper de la jambe sur le sol (Dauber : « Battre sur le dos à cops de poings »), se trémousser, sens érotique. Cf. « Dauber les fesses, i. les remuer ; et faire l’action venerienne, vulg. ».
(212) Décrottoire : « Petite brosse… qui sert à décrotter des souliers »
(214) Sans doute allusion à l’avarice légendaire des Ecossais. On peut penser aux expressions « lessive de Gascon » ou « peigne d’Allemand ».
(217) Boussin : morceau, mot usité dans le Sud-Ouest.
(218) Veut-il dire que, n’ayant pas de pistolet, il le remplace par une seringue, capable d’envoyer de petits projectiles ? Ou prend-il le mot pistolet dans son sens premier de « petite poignard » (cf. Huguet), qui se trouve encore chez Rabelais, Tiers Livre, Prologue, p. 322 ?
(220) Rotonde : « Collet empesé que les hommes portoient autrefois, monté sur du carton qui le soûtenoit en l’air et en état ».
(222) Cf. Juvénal, VI 130, « lassata uiris necdum satiata », et Régnier, Sat. XIII, v. 9 : « Lasse, di-je, et non soule enfin s’est retirée ».
(225) Linceul : cf. Nuict, v. 54.
(227) Cf. Racan, Ode cit., v. 10-12 :
Je suis dans un logis desert,
Où par tout le plancher y sert
De lit, de bufet, et de table.
(232) « Briffer, i. manger avidement »
(237) Ce personnage, que nous ne connaissons pas autrement (Lachèvre, Les Chansons libertines de Claude de Chouvigny, baron de Blot l’Eglise, 1919, p. 39, lui attribue gratuitement un ouvrage qui est sans doute d’un homonyme), est souvent cité comme un ivrogne consommé. Cf. l’Ode à la louange de tous les cabarets de Paris, 1627 (in Lachèvre, Œuvre libertines de Cl. Le Petit, 1918, P ; 215), Le Second Tome du Concert des Enfans de Bacchus, à la suite du Parnasse des Muses, 1628, et un couplet de Blot (Chansons libertines).

vendredi 22 mai 2009

Le jardin d'Om


Show me what life would have been like if I never existed
Wa omri likan Sahra sabah bostan
Et mon âge qui était un désert se réveilla verger
Et ma vie qui était un désert se réveilla verger
Et mon destin qui était un désert se réveilla verger
Hier tu dormais quand j’ai pensé qu’à dormir tous les soirs méli-mélo nous finirions par nous apprendre
Il y avait un cerisier dans le verger, un poirier n’en finissait pas de mourir et un pommier chaque année m’envoyait à la cuisine pour préparer compotes, liqueurs et confitures.
(Les camélias, chaque année plus rouges et la générosité des rhododendrons récompensaient le zèle avec lequel ma mère remuait la terre les accueillant).

vendredi 15 mai 2009

Bulfuckingarie ou le journal d'un passé en mouvement, chapitre 20


Abracadabra
Il y en aurait des choses à raconter sur ces deux derniers jours. Et pourtant je suis en mode stand-by ne faisant que le strict minimum de choses à faire et n’acceptant de boire un café que si véritablement on me surprend juste devant la porte d’un bistro. Mais les bulgares sont doués, il ne faut pas les sous-estimer en ce qui concerne leurs capacités à te choper le café dans le sac. J’ai dormi tant que j’ai pu, mangé avalé autant d’Augmentin que j’ai pu et cela va un peu mieux. Et oui, je suis navrée de vous décevoir, seulement un peu. Je n’y peux rien moi, c’est comme cela : mon corps réchigne à se laisser guérir comme ça. Il a raison, on ne sait jamais comment cela peut se terminer ces histoires de guérisons miracles.
Je voulais vous raconter l’histoire du voile, mais ensuite je me suis dit que ce n’était pas nécessaire. Puis j’ai pensé à vous raconter l’histoire de Sarah Bernahrdt et je me suis dit que ce n’était pas nécessaire. J’ai songé à vous raconter l’histoire du dentiste ou de la buanderie à nouveau et j’ai aussitôt renoncé. Voyez-vous l’Augmentin, s’il améliore un peu mon état de santé semble détériorer beaucoup mon moral et je suis bien incapable de m’attarder sérieusement sur les histoires marrantes, et le voile, Bernhardt, le dentiste et la buanderie en sont. Je vais donc plutôt vous raconter des histoires d’odeur. Ou plutôt de puanteur. Take it or leave it. A Varna, certes la neige ne se recouvre pas d’une pellicule grise en quelques heures en raison de la pollution, mais les odeurs plus nauséabondes les unes que les autres font beaucoup de tort au système digestif des habitants j’en suis sure. Le fumet le plus insupportable est celui de l’argent sale. Et oui, contrairement a l’idée fortement implantée dans nos esprits helvétiques (schlah schlah séance d’auto flagellation), l’argent a bel et bien une odeur. Et elle sent très très mauvais. De toutes les odeurs que j’ai senties ici en Bulgarie c’est celle dont la fragrance est la plus entêtante. Il est très difficile de s’en débarrasser. Et contrairement à ce que vous pourriez penser vu mes précédents messages, ce n’est pas la misère qui rend l’odeur de l’argent, lorsqu’elle nous fait l’honneur de se pointer si frappante, mais bien le luxe, l’outrance, les excès, le tape à l’œil. Par ou commencer? Vous ai-je déjà parleé de l’étalage de boutiques mono-marques à Varna? A part à NYC je n’avais nul part vu de magasins représentant une seule marque de baskets par exemple. Ici, dans le centre ville de Varna, Adidas, Nike, Reebok etc. ont leurs propres enseignes. Des franchises bien sur, vendues probablement à quelques mafieux ukrainiens, géorgiens ou russes, qui sait? Les bulgares semblent être si pauvres qu’ils ne peuvent même pas s’offrir leur propre mafia, ou du moins, ils ne peuvent plus. C’est devenu
trop côté la mafia en Bulgarie, seuls les excessivement riches peuvent en faire partie, c’est un club très fermé. Les américains se sont fait un plaisir, et ceci des 1993 apparemment, d’accorder toutes les franchises possibles et imaginables aux bulgares. Varna a donc trois Mc Donalds au moins (je n ai pas encore visité tous les quartiers de la ville), mais bon, le Mc Donald cela peut encore se concevoir. Au moins il y a des gens qui s’y nourrissent, parfois même il est plein, et finalement cela a son charme de devoir y attendre un café infect dix minutes car la machine n’était pas en marche. Cela me change des fast-food ouest-européens ou tout est vraiment si « fast » qu’on ne se souvient même pas d’y être entrés. Là ou les histoires de franchises me restent un peu dans la gorge c’est lorsqu’elles servent de couverture à des histoires de blanchiment d’argent. Le cas de Pizza Hut est le plus frappant à Varna. Je passe tous les jours devant ce restaurant, et je l’avais déjà remarqué au mois de décembre, (peut-être même vous en avais-je déjà parle) et il est toujours vide. Il y a du personnel, qui sourit avec empressement quand on fait mine de pousser la porte, tout heureux qu’il serait de voir ne serait-ce que deux ou trois quidams en faire autant dans la journée, mais pas de clients. Ou si, très peu de clients. Or l’arcade occupée par ce restaurant est une des plus chères de la ville. Comment peut-on m’expliquer à moi qu’un business man moyen, il n’a pas besoin d’être super futé, en général lorsqu’ils le sont, ils sont déjà à la retraite à trente ans, qui d’un tant soit peu futé, voudrait faire ce métier plus longtemps ? – paie un loyer maximum pour un chaland minimum ? Des salaires, des uniformes, une devanture, une enseigne, une franchise et tout cela depuis plusieurs années alors qu’il y a dans son commerce un maximum de vingt clients par jour ? A mon avis le business man en question envoie son gérant sortir des tickets de caisse de minuit à six heures du matin tous les soirs. Le business man peut alors très honnêtement ne pas payer ses impôts à l’état bulgare. Bon, je suis un peu énervée contre le Pizza Hut probablement car la dernière pizza que j’ai mangée venant de chez eux à Genève m’a rendue malade. Mais enfin, je pourrais en dire autant de toutes ces boutiques de baskets, de la plupart des magasins de bijoux, de prêt-à-porter et tutti quanti. De tous les commerces (boutiques et restaurants confondus) qui sont situés au centre ville, à peine un quart doit rentrer dans ses frais… et pourtant chaque jour quasiment il y en a un nouveau qui ouvre ses portes.
Vous me direz, il doit y avoir des clients sinon cela doit faire bizarre tous ces magasins vides en centre ville. Oui, oui, il y a des gens, mais pas de vrais gens. Si en Suisse la plupart d’entre nous peuvent se permettre un mc do, un pizza hut ou toute autre nourriture pré-mâchée du genre, ici c’est loin d’être le cas. Un Big Mac coûte sept leva (3,5 euros), ce qui représente 1/26ème à peu près du salaire bulgare moyen. Alors on y réfléchit à deux fois avant d’emmener son gosse manger un truc après lequel il ne mettra même pas aune heure avant d’avoir à nouveau faim. Donc on est bien d’accord, ce ne sont pas les vrais gens qui mangent au Mc Donald en Bulgarie, ce sont les mêmes que ceux qui achètent leur pommes de terre au Bon Génie à Genève ou que ceux qui garent leur voiture sur le trottoir juste devant le George V à Paris. Je n’ai rien contre eux, bien au contraire, je les adore, ils semblent être les seuls personnes pour qui l’argent n’est pas un problème, et leur fréquentation a le don de me faire oublier le plus important de mes soucis… m’enfin, nous sommes bien d’accord, ils ne sont pas tout à fait réels. Ils vivent dans un autre monde, voire dans plusieurs autres mondes. Soit, Varna est une des plaques tournantes de l’argent sale, croyez-moi sur parole, ça je peux m’y faire. Après tout, non seulement je suis suissesse, mais je suis qui plus est genevoise et si les histoires de magouilles mafieuses genevoises n’ont pas réussi à m’atteindre le moral, je ne vois pas pourquoi les mêmes histoires transposées en Bulgarie devrait y parvenir. Mais c’est qu’en Suisse, à ma connaissance du moins, la plupart d’entre nous sont honnêtes. Attendez, ne partez pas en courant, je ne me fais pas d’illusions sur la nature humaine… je reprends, la plupart d’entre nous sont bien obligés d’être honnêtes, la loi, le sport national (la délation) etc. nous y obligent. Or ici en Bulgarie, il se trouve que la situation est exactement inverse : la plupart des gens sont malhonnêtes, à nouveau, ne partez pas, je ne jette la pierre à personne, mais oui, la misère, l’histoire économique des cinquante dernières années contraignent la plupart des gens à tricher ou à crever. Et c’est là que cela me rend dingue, car si nous avons mis en place dans notre très chouette Europe de l’Ouest des systèmes permettant que chacun se sente en sécurité chez lui, son assurance chômage prise en charge à cinquante pourcent par son employeur, nous sommes très forts pour prêcher de la main droite une chose et de la gauche son contraire. Je vous donne un exemple directement issu de cette pratique.
Une société de distribution de mécaniques médicales dont je tairais le nom est, ici à Varna, une des deux représentantes officielles de la firme Olympus. Ils vendent pour le compte de celle-ci, en percevant une commission plus ou moins importante, on s’en moque, des endoscopes, des machins-machins à système optique (c’est cela qu’il faut retenir) etc. Ces bécanes valent des sommes qui tournent autour des 10'000, 20'000 euros selon. Cette firme dont le siège est à Sofia emploie plusieurs centaines de personnes dans plusieurs villes du pays. Il se trouve que pas un seul des employés de cette société n’est assuré convenablement. Je vous épargne le laïus sur les assurances accident, travail etc. qui ne sont même pas envisageables et vous parlerai uniquement de la seule des ces assurances qui soit suffisamment obligatoire pour être respectée en principe : l’assurance chômage. Aucun des employés de cette firme n’est déclaré à son réel salaire auprès de l’assurance chômage. Pour faire simple, la firme devant payer la moitié de l’assurance de ses employés, préfère déclarer leur ensemble au salaire minimum afin de diminuer ses charges. Et le plus incroyable est que les employés acceptent. Les bulgares ont été trop longtemps communistes pour se permettre la moindre parole qui puisse être taxée de syndicalisme et trop crève-la-faim pour pouvoir se permettre d’ouvrir leur gueule tout court… Là ou cela atteint des proportions tellement dingue que je suis à deux doigts de prendre l’avion pour aller mettre mon poing dans la figure de M. Olympus (entre autres), c’est lorsqu’on apprend que lors de la vente d’une de ses supers bécanes, la firme dont j’ai tu le nom (mais dois-je vraiment hein ?) joue le jeu de la corruption plus loin encore en versant au décideur (celui qui valide l’achat chez le client) jusqu’à quinze pourcent du prix de la machine en bakchich. Bien évidemment, tout le monde ne peut se permettre de tels achats, se sont uniquement les hôpitaux d’état qui peuvent disposer de tels fonds. Cela se passe donc comme cela : j’achète un endoscope à 10'000 euros, le commercial me fait une facture de 12'000 et j’empoche les 2000 euros de différence. Une fois que le distributeur s’est servi, le reste de l’argent finit chez Olympus. Olympus filerait (j’utilise le conditionnel, sait-on jamais qui lirait ce mail) donc des dessous de table à ses acheteurs et surtout M. Toutlemonde en Bulgarie se fait 2000 euros d’argent de poche en achetant un ceci ou un cela. Du coup cela explique que les cafés ou l’on paie le même prix qu’à Genève ici à Varna fleurissent. Forcément, les enfants de M. Toutlemonde ils ont une tonne de fric à dépenser. Et le M. Toutlemonde en question n’est pas un mafieux, c’est un fonctionnaire ordinaire qui touche deux cent leva par mois.
Quelqu’un m’a dit que la Bulgarie avait bouclé les vingt-trois des trente chapitres assignés par l’UE afind d’être candidate en 2007. Je vous le demande savez-vous (oui, c’est une question sérieuse) si l’un de ces chapitres est consacré à la corruption, au blanchiment d’argent etc. ? Bon, je vous ai donné quelques exemples comme ça, motivée surtout par ma colère et plus encore par ma quasi-asphyxie ici au cyber café ou tout le monde toraille à mort. La fumée de clope, je le découvre, cela énerve les tuberculeux. Je ne sais pas si je vous donne véritablement les moyens de vous faire une micro-idée en rationnalisant ainsi. Je vais donc être partiale et je me fiche que ma formation m’ait avant tout appris à relativiser : les bulgares sont des crève-la-faim corrompus. Et ceci à tous les niveaux. Tiens, même mon appartement que je n’ai pas pu louer sans arnaques. Nous avons fait deux contrats, un à destination de mon employeur en Suisse sur lequel le vrai montant du loyer est mentionné, l’autre sur lequel seule la moitié de ce montant est mentionnée à destination du bureau des impôt local. J’ai bien essayé d’y échapper mais pas moeen, tous les appartement que l’on m’a proposés étaient dans le même cas de figure et cette petite « dalavera » (arnaque en bulgare), semble être des plus communes. On ne peut même pas leur en vouloir tant c’est le système sous le système qui maintient tout le monde soudé autour de lui. C’est bien comme ça en Tatounasie, mais il n’y est pas question sérieusement d’UE ? Je sais, d’accord, j’admets, beaucoup d’entre nous cherchent à gruger les impôts, soyons réalistes, c’est très très con puisqu’il paraît que les bénéficiaires des impôts c’est ceux-là même qui les paient, mais c’est compréhensible. Mais que diriez-vous d’un endroit ou vos droits élémentaires à la vie sont remis en question par ce genre de pratiques ? que penser de tous les enfants qui crèvent la dalle dans les rues de Varna car leurs parents licenciés n’ont touché que le minimum de leur salaire via le service du chômage et encore, seulement pendant trois mois ? Moi je trouve cela inadmissible. Triste. Alors merde, cela veut dire quoi que les bulgares n’ont pas la fibre révolutionnaire? C’est vrai, c’est possible, après tout ce sont les russes qui ont chassé les turcs de Bulgarie et c’est les américains qui en ont chassé les russes. Les bulgares eux se sont contentés d’instaurer des jours de commémoration pour le tout. Mais il doit bien y avoir un Gandhi quelque part en Bulgarie ? Qui échoue certes, mais qui s’exprime ? Il doit bien exister ce type prêt à sacrifier sa peau pour le bien être des générations future ET qui parvienne à se faire entendre ? Ou alors est-ce si démodé de militer après tant d’années de communisme ? Je dis ça moi, j’ai l’air de râler c’est vrai, mais ne me faites pas confiance, gare, gare, il n’y a pas si longtemps, j’ai fait cette réflexion à un ami partant protester contre les colonies israéliennes en Palestine qu’aucune cause ne valait la mort d’un homme. Et bien, j’ai été conne, j’ai eu tort. Elles sont nombreuses, bien au contraire...
Pourquoi, non mais sérieusement pourquoi, expliquez moi pourquoi dans des pays comme.. au hasard, la Tatounasie et la Bulgarie n’y a-t-il plus jamais de grand insurgé qui sache faire entendre sa cause ? Et ne me ramenez pas la crêpe frite hein.. il s’est certes insurgé, mais il a fini par céder. A quel prix je préfère ne pas le savoir. Et ces Tatounasiens et ces bulgares qui passent leur temps à râler que a) ce n’est pas possible à cause de b) qui n’est pas possible à cause de c) qui n’est pas possible à cause de d), me fatiguent véritablement. Aujourd’hui, malgré mes bronches poussives, j’ai gueulé un bon coup contre l’employée de la firme représentant Olympus d’être assez crétine pour accepter une situation pareille. Je l’aime bien pourtant, et puis surtout je suis très consciente que les bulgares ont une culture politique, économique, syndicalistes biaisée, mais je n’ai pas pu m’empêcher d’oublier que la connerie aussi est tout à fait relative et qu’ici ou à Genève, les cons ne sont pas les mêmes. Mea culpa.
A part tout cela? Il fait beau et pour la première fois de ma vie j’ai été alléchée par une odeur de pommes. En Suisse je m’éloigne de certains étalages trop odorants pour être honnêtes. En Bulgarie, l’odeur des pommes peut vous atteindre en pleine gueule depuis l’autre côté de la rue. Si crève-la-faim que les engrais chimiques leurs sont trop couteux et d’un coup de baguette tragique toute leur production agricole est bio !
Prenez soin de vous comme un bulgare le ferait.
Zafrou

jeudi 16 avril 2009

miss you John...


... et si par égoïsme pur, moi aussi je préfèrerais te voir dans un palazzo italien, je n'en suis pas moins ravie à l'idée que des inédits sont à présent accessibles.



in "L'Hebdo", 16 avril 2009

mercredi 15 avril 2009

Bulfuckingarie ou le journal d'un passé en mouvement, chapitre 19


Le pays dont j’aime la gadoue, la gadoue, la gadoue, la gadoue...
Me voila de retour et j’ai l’impression de n’être jamais partie. Genève et ses habitants ont tout de suite repris la place irréelle qu’ils ont acquise dans mon esprit durant le mois de décembre. Je suis constamment seule en moi-même, contrairement à l’état d’esprit dans lequel je suis généralement lorsque je suis en contact trop rapproché avec les gens que j’aime, et pourtant il s’est passé beaucoup de choses, j’ai formulé depuis mon retour beaucoup de questions et il ne manquera pas de naître dans les prochaines semaines de cette première semaine 2003 en Bulgarie des pensées interminables.
J’ai retrouvé l’aéoroport de Sofia avec un grand plaisir. Le fait d’avoir volé cette fois avec la toute naissante Swiss (et là je vos informe à contre-pied des ragots terrifiants qui circulent à ce sujet c’est une expérience tout à fait passable) m’a permis d’arriver à Varna en milieu d’après-midi. Après la pluie genevoise, la grise neige zurichoise, l’atmosphère moite d’humidité de Sofia m’a semblé être un cadeau que le ciel me faisait pour me faire oublier les frimas du froid genevois avant mon départ. M. Arrachorganevital avec qui nous avions échangé quelques mails afin de nous informer de nos dates de retour respectives attendait patiemment ses valises derrière la douane ou j’attendais également pour obtenir un tampon m’autorisant un séjour de vingt-neuf jours consécutifs dans le pays. J’étais impatiente d’ê^tre à Varna, impatiente d’être à nouveau loin encore de la para-réalité suisse et impatiente d’oublier jusqu’à l’existence même d’une vie pour moi au-delà de ce séjour. La coupure des fêtes de fin d’année en Suisse si elle a provoqué bien des dégâts (temporaires, je vous rassure) quant à mes rapports avec ce pays et ses habitants, que je les aime ou non, m’a donné envie de partir plus loin encore que Varna, si possible sur une planète aussi éloignée que chaude, et a fait beaucoup de bien à mes rapports avec la Bulgarie. J’ai été très attentive durant mon séjour genevois à toutes les choses qui faisaient mine de me manquer au mois de décembre en Bulgarie. J’ai pu ainsi constater qu’elles ne me procuraient aucun réel réconfort. Que c’est tout simplement de ne pas les avoir à disposition qui leur a donné de la valeur, qu’intrinsèquement, elles n’en avaient probablement jamais eu aucune à mes yeux. La boue, la circulation, la crasse, l’humidité, l’incertitude de toute chose et les paysages marrons, bleus, gris et blancs hivernaux de la Bulgarie m’ont donc semblé autant de choses familières dans lesquelles j’étais prête à me roule passionnément avec le plus grand des bonheurs.
Krasimir, mon beau moustachu, qui se fera d’ailleurs un plaisir d’accueillir chacun et chacune d’entre vous qui daignerez découvrir la Bulgarie sous mon règne, était lui aussi au rendez-vous et nous avons lui et moi passé quelques longues heures à bavarder au fond de son taxi en attendant M. Arracheorganevital qui réglait ses affaires sofiotes. Il nous a ensuite conduit à la gare routière ou nous avons pris un bus merveilleusement confortable à destination de Varna. Le trajet s’est passé pour moi le plus naturellement du monde. Je rêvassais, les yeux fixés sur la nuque du beau jeune homme chauve assis devant moi, à ma chambre au technicum en frissonnant de joie à l’idée de la retrouver. Les heures, au nombre très exact de six, qui se sont écoulées dans ce bus m’ont semblées trop longues et trop brèves à la fois. Trop longues comme lorsqu’on s’impatiente et trop brèves comme lorsqu’on connaît bien le chemin et qu’on se remémore l’avoir trouvé très long la première fois qu’on l’a pris.
Après avoir échangé à Veliko Tornovo mes coordonnées avec celles du jeune homme à la nuque gracile et à l’anglais impeccable, j’ai enfoncé plus profondément les écouteurs de mon lecteur de mini disques dans mes oreilles et me suis exercée à danser « batawaness bik » de Warda sans bouger les fesses durant le reste du trajet. L’arrivée à Varna s’est faite vers 1h30 le lendmain déjà, alors que je parvenais pour la première fois à exécuter un huit parfait du bassin sur l’introduction instrumentale de cette chanson que je devais écouter pour la dix-millième fois.
Le gardien du Technicum ne dormait que d’un œil, averti de mon retour qu’il était par Maria, et c’est sans encombres que je suis rentrée dans mon home, sweet home, de deux ou trois jours au plus encore. J’ai retrouvé les choses telles que je les avais laissées exactement et sans faire plus de chichis, je me suis ruée dans mon lit, sans me doucher, comme les personnes confiantes du niveau d’hygiène de leur environnement, puisque c’est bien le leur.
Le lendemain en fin de matinée, Svetlana me téléphonait pour m’informer du rendez-vous fixé avec l’agence immobilière afin que nous retirions les clés de mon nouvel appartement et Maria m’informait en me croisant dans les couloirs du Technicum que ma présence était de rigueur le soir même chez elle.
Après avoir fait mes salutations et transmis mes vœux pour la nouvelles année à chacune des personnes croisées dans les bureaux ou les couloirs de la maison, et cela fait beaucoup, j’ai pu rejoindre le centre ville et vaquer à mes occupations immobilières. Le soir, chez Maria, une petite fête de bienvenue avait été organisée en mon honneur et j’ai peu en la compagnie de la fort charmante Nina, de Radka, Pavel et Maria elle-même faire bénéficier tout le monde de mon bonheur d’être là. C’est repus de plaisir et de chaleur humaine que je suis ce soir là encore rentrée me coucher.
J’ai encore passé suite à cela deux nuits au Technicum, grâce à l’aide de Svetlana, de M. Arracheorganevital et surtout de Pavel, j’ai pu dormir dans mes nouveaux quartiers. J’ai bien sur durant la première semaine de l’année 2003 à Varna bu beaucoup de verres, avec beaucoup de gens, fait bien des démarches administratives, rencontres divertissantes et eu pas mal de mésaventures encore, dont quelques chutes cinématographiques, mais j’avoue être tout à fait incapable de vous en faire le récit en raison de l’était de santé déplorable dans lequel j’étais durant ces derniers jours. J’ai tenu mon journal à jour, mais je suis à la fois fière et honteuse de vous avouer que pas une seule des phrases que j’y ai écrite n’est complète ou ne se targue simplement de posséder un verbe. Je me contente donc de vous dire que c’était bien, bronchiteux et fortement vaporeux, mais bien. Je suis loin encore d’être débarrassée de cette infection et ne vais donc pas abuser de mon énergie toute timide et vous quitte non sans vous serrer fort contre mon poitrail vrombissant….
Je vous embrasse
Zafrou sous le vent, les pieds dans la gadoue.