mercredi 9 mars 2011
Nos amis les arabes
Allons enfants de la Patrie... le jour de gloire est bien passé! En revanche, certes ils ont piqué la gloire des sommets, mais pour la tyrannie, ils n'avaient pas besoin de vous pomper et pour en finir, ma foi, il faudra repasser...
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Citizens of humanity,
from gauchisme with love,
Sarkipend
lundi 31 janvier 2011
For Tatounasians, with love
Les tatounasiens s’essoufflent, ou plutôt les tatounasiens « les moins démunis » ou les « plus privilégiés » s’essoufflent. Alors que la partie la plus économiquement marginalisée de la société voudrait continuer à protester et à demander que les fameux dinosaures quittent le pouvoir et ceci encore après le remaniement du gouvernement transitoire, les gens qui ont durant ces 23 dernières années bénéficié de la croissance économique tatounasienne s’essoufflent. A croire que durant ces années l’épargne, les investissements et les biens non matériels (éducation, information, expérience, confrontation à d’autres cultures) qu’ils ont accumulés ne leur permettent pas de tenir encore un peu le coup et de poursuivre le combat. Biberonnés à « ne pense pas, ne parle pas, ne regarde même pas et remplis toi les poches un peu, beaucoup, passionnément, à la folie » ils n’ont pas l’endurance, que dis-je, les couilles de soutenir cet élan.
Partout sur le web, on les entend distiller à nouveau la peur : « le pays doit redémarrer, il faut qu’on travaille, on ne peut pas laisser notre économie d’effondrer, si ça continue je vais devoir virer une de mes trois secrétaires, si ça va plus loin le chômage va exploser, tout ça va nous amener des barbus, on laisse de la place aux intégristes si… »… j’en passe et des meilleures. C’est vrai que ces 23 dernières années ont été celle d’une formidable croissance économique. La capitale a changé de gueule, la modernité s’y est installée et les Zizi et autres riches tatounasiens ne sont de loin pas les seuls à en avoir bénéficié. On est nombreux, très nombreux à avoir vu notre situation s’améliorer ces vingt dernières années ; beaucoup par chance et certains à force de mérite aussi. Mais on reste minoritaires, et ces améliorations lorsqu’elles concernent la majorité des tatounasiens ne sont que des miettes à la lumière de ce qui leur a été volé. Dommage que le reste du pays (en dehors des sites touristiques) n’en ait pas profité, dommage qu’il ait continué à crever. C’est vrai que cette croissance a généré plein d’emplois, dommage que cela n’ait pas été assez, dommage que les employeurs aient préféré mettre cette croissance au service d’un « toujours plus » pour eux, et non pas pour l’ensemble de la société.
En fait, Lela Zizi et sa bande de chacals ont été une très bonne chose pour ce pays. Ils nous ont obligés à tomber au fond du trou. Un pays entier qui se vautrait dans le confort de la belle lumière tatounasienne, de l’idée tellement réconfortante que « chez nous, personne ne meurt de faim », du beau reflet que nous renvoyait le regard de nos hôtes inconscients de ce qui se tramait, ce pays a petit à petit dû renoncer à ses illusions, à ses aises et avaler ce qui depuis 87 n’était en fait rien d’autre qu’une belle couleuvre. Un silence de honte et de gêne s’est installé, a duré, duré. Un silence mal à l’aise au pays et en dehors. Et enfin, il y a quelques semaines, toute cette gêne, tout ce silence, toute cette honte n’ont plus réussi à faire taire le désespoir : soudain, un des nôtres a eu moins peur de la fureur de Dieu que de son avenir et croyants ou pas, nous savons tous à quel point il a dû souffrir pour en arriver là.
Ce que les défenseurs de Ghachichi* et de la reprise économique du pays ne disent pas alors que tout le monde le sait c’est qu’avant le 17 décembre 2010, la plupart des habitants de ce pays, son immense majorité crevait de silence, d’oppression et de misère mentale à force d’absence d’espoir d’un avenir meilleur. Ce qu’ils ne disent pas c’est que ce n’est pas la situation économique de cette immense majorité qui a ou aurait changé. Ce qu’ils ne disent pas c’est que ceux pour qui la situation a économiquement changé, c’est ceux pour qui elle était déjà de supportable à excellente ; ce sont eux qui risquent de perdre leurs emplois, de devoir annuler leurs vacances et renégocier un crédit à leur banque, ce sont ceux qui ne trouvent plus les marchandises importées dont ils ont besoin à Carrefour, ce sont eux qui ne peuvent plus passer leur week-ends à Paris, Dubaï, Genève ou même Hammamet car l’aéroport de Tatous n’assure plus tous les vols et que les routes ne sont pas sures, ce sont ceux qui alors qu’ils survivent ou gagnent des millions tatounasiens et/ou européens ont bénéficié de la croissance économique tatounasienne. Pas les oubliés du monde qui ont eu le courage de hurler par le feu leur fureur et leur misère ! Pas ceux qui se sont fait bastonner à la Kasbah ! C’est pour des tatounasiens pour qui les choses allaient encore pas trop mal voir mieux que ces dernières semaines ont été économiquement difficiles, c’est leur marge de bénéfice pour l’année 2011 qui est sérieusement menacée si les soulèvements populaires se poursuivent. Bien sûr que des secrétaires, des chauffeurs et autres esclaves de la croissance économique tatounasienne obtenue à coups de bâtons ces 23 dernières années peuvent perdre leurs emplois, bien sûr que les cadres du secteur privé tatounasien vont peut-être voir leur commissions/salaires etc. diminuer et bien sûr que tous ces gens ne sont ni Zizi ni Crésus, mais ils ne sont pas en train de crever de faim non plus, pour le moins ils mangent, pour le plus ils emploient, dépensent et investissent sur le peuple tatounasien et sa capacité à aplanir les difficultés, à trouver des solutions et à retrousser ses manches pour travailler.
Je me pose et vous pose honnêtement la question, à part les morts, les blessés et ces derniers jours les militants et leurs familles, avec lesquelles je pleure et suis fière à la fois, qui véritablement a vu sa situation se péjorer de telle manière qu’elle puisse elle aussi nous donner à pleurer ? Ceux qui ont vu leur maison saccagée avait une maison, ceux qui ont perdu leur emploi en avait un, ceux dont les charters sont vides, avaient des charters etc.
Alors s’il vous plait, la plus privilégiée des classes moyennes du monde arabe, fermez-la un peu, arrêtez de dire que Ghachichi c’est pas si mal, arrêtez d’insulter nos morts en prétendant que tout cela a assez duré, arrêtez de donner des leçons de politique alors que vous pensez depuis 23 ans que cela veut dire la même chose que croissance économique. Je suis issue de cette classe moyenne privilégiée qui a tout intérêt à ce que le pays se dépêche de retourner aux affaires et ce n’est que parce que j’ai grandi à l’étranger, dans un pays ou la liberté d’expression est si naturelle qu’avant de découvrir effarée l’état de la Tatounasie en tant qu’adolescente, je ne savais même pas ce que cela voulait dire ou représentait. C’est grâce à ce statut d’expatriée que j’ai pu mesurer au plus juste ce silence, cette oppression, cette misère mentale. C’est en entendant, honteuse et égarée, de nombreux membres de ma famille et leurs amis défendre le régime de Zizi en me parlant de routes construites dans le sud, de l’électricité accessible à tous, d’absence de problèmes d’intégrisme, de sécurité dans les rues de Tatous et de campagnes d’alphabétisation que j’ai appris moi aussi, que j’avais beau grandir dans une démocratie européenne, j’étais moi aussi concernée par le silence, l’oppression et la misère mentale.
Je sais, je sais, ça va être impossible à digérer pour la plupart des tatounasiens que j’insulte (à mon grand regret) dans cette note, mais si si, les tatounasiens ne vivant pas en Tatounasie et n’ayant pas partagé vos souffrances, souffrent aussi. Souffrent plus que vous parfois classe moyenne la plus privilégiée du monde arabe. Ils souffrent plus que vous parfois parce qu’en Occident, aussi difficile à croire que cela puisse paraître, il est moins facile de nos jours d’accéder à cette fameuse classe moyenne qui de toutes façons est malade, parce qu’ils sont soumis à l’étranger aux règles du jeu démocratique justement, qu’il n’est pas possible de distribuer des pourboires pour améliorer le service qu’on reçoit ou d’avoir des domestiques à plein temps pour se faire aider, ou même d’avoir une maman, un père, des tatas ou des grand-mères sous la main pour s’en sortir dans les situations difficiles. Ce ne sont que des exemples, ceux qui me touchent moi, mais il y en a tant. Ils souffrent aussi parfois plus que vous parce qu’ils ont honte.
Oui, honte. Honte d’avoir des droits que dans leur pays ils n’auraient pas et honte d’être originaires d’un pays ou les citoyens n’ont aucun droit. Honte par le passé dans les couloirs de l’université d’avoir envie de manifester pour l’indépendance de l’Erythrée, mais de n’avoir ni l’envie, ni le courage, ni même d’idée sur la manière dont il faudrait se battre pour la Tatounasie. Honte aujourd’hui de crier honte à la corruption en Côte d’Ivoire et de bien gentiment fermer sa gueule sur Zizi puis sur Ghachichi, honte d’avoir eu peur avec vous tatounasiens de Tatounasie alors qu’ils auraient pu peut-être profiter de leur situation protégée pour protester, communiquer, faire parler. Honte aussi de ce en quoi ce silence a pu, même ne serait-ce qu’un peu, leur bénéficier. Parce qu’à l’étranger, le tatounasien, c’est souvent « le musulman qui boit de l’alcool, le musulman qui permet à sa femme de se mettre en bikini », bref, le musulman qui ne pose pas de problème, et c’était bien pratique, dans cette guerre de marketing livrée contre l’Islam en Occident de pouvoir se mettre à l’abri derrière les prétendues libéralités et modernité de notre pays.
Dans cet ailleurs dans lequel je vis depuis quelques semaines, je rencontre tous les jours des kenyans, des philippins, des tchèques, des éthiopiens, des tchadiens, des yéménites, des égyptiens, des européens aussi… A l’occasion des quelques mots qu’on échange il arrive qu’on parle de la Tatounasie et de tous j’ai le même écho : « j’ai vu ce qu’il se passe en ce moment en Tatounasie , je n’avais aucune idée que les gens souffraient tellement dans votre pays, j’ignorais que vous aviez un tel tyran au pouvoir ». Et malgré la révolution en cours, malgré les derniers évènements, malgré mon absence de responsabilité active dans le maintien toutes ces années de la dictature tatounasienne, j’ai honte, parce que je n’ai rien dit, rien fait, ou pas assez, et qu’ainsi j’ai moi aussi véhiculé une réalité trompeuse sur la Tatounasie et ai participé à l’écrasement du peuple tatounasien par Zizi et sa bande de truands. Si seulement j’avais eu un peu de courage, si seulement j’avais lutté contre la peur de ne plus pouvoir rentrer au pays voir mon père, si seulement… qui sait, peut-être que cela n’aurait pas été aussi loin ? Et je parie que c’est ce qu’on s’est tous dit et que cette peur est le dénominateur commun de tous les tatounasiens ici, là-bas ou au pays.
Nous autres les tatounasiens de l’étranger avons donc participé, soutenu un régime de silence d’oppression et de misère mentale et nous en avons souffert aussi. Alors comme vous nous vibrons, nous pleurons, nous nous réjouissons de voir tout cela peut-être se terminer. Et faisant partie dans l’esprit de beaucoup de tatounasiens des privilégiés, j’ai envie de dire de l’intérieur à mes complices frères privilégiés , ceux qui s’essoufflent aujourd’hui, ceux qui paniquent à l’idée de voir leur bénéfices/revenus/privilèges/facilités continuer à diminuer et peut-être risquer de disparaître : arrêtez, arrêtez de semer la peur, vos souffrances sont immenses mais plus grandes encore sont les merveilles qu’elles pourraient mettre à notre portée ! Faisant aussi partie des heureux expatriés, j’ai envie de dire de l’intérieur aussi à mes complices frères expatriés, ne vous taisez plus, parlez, communiquez, luttez, retrouvez votre courage, votre honneur, n’ayez plus peur. Il suffirait peut-être juste d’un tout petit peu de témérité, d’oublier quelques secondes le danger, et la Tatounasie du début de l’année recommencerait à gronder et ne se laisserait pas flouer !
Car tout le monde sait que l’abcès n’est pas vidé. Ghachichi soutenu par les américains et le monde des affaires en Europe et surtout en Tatounasie nous joue un bon petit tour de passe-passe. Le simple bon sens comme le raisonnement le plus élaboré devraient nous conduire à la conclusion logique que non, ce n’est pas terminé, ça ne peut pas être terminé : le bras droit de Zizi et ses conseillers ne peuvent pas gouverner cette honnête et saine Tatounasie dont nous rêvons. Même de manière temporaire. Ils devraient être en prison. Il est impossible que cet homme et les autres membres du gouvernement et les chefs d’administration de l’époque Zizi n’aient pas au mieux simplement fermé les yeux, au pire cautionné, soutenu et encouragé les méfaits de Zizi et des siens. Ils ont les mains sales, parce qu’ils les ont plongées dans les mêmes détritus. Il suffit de voir comment toute cette situation est gérée, la censure, la violence, l’inefficacité, l’opacité sont plus présents que jamais. Rien n’est fait, ne vous laissez pas manœuvrer, ne vous laissez pas aller au confort encore une fois, continuez à résister. Faîtes les dégager. C’est parce que toutes les classes sociales de Tatounasie se sont solidarisées pour se débarrasser de Zizi qu’il a dégagé. Et il n’était que la partie visible de l’abcès, il reste encore tout le pus, Ghachichi, Bacàcaca et autres comparses ; et il reste aussi tous ces gens, toutes ces nations occidentales pour qui des tatounasiens sous contrôle, des tatounasiens brimés, écrasés et soumis valent de l’or. Si cette solidarisation ne se poursuit pas pour mettre en place une vraie démocratie, sans mensonges, négationnisme et hypocrisie alors Mohamed B. ne pourra pas renaître dans nos mémoires comme un martyr, il restera pour toujours, comme nous tous, une victime.
Je suis les évènements en Tatounasie sur le web depuis des semaines et ces derniers jours, pour la première fois, j’ai senti une grande lassitude chez tous les tatounasiens au pays, et à l’étranger aussi. Il doit y avoir du soulagement à voir les choses cesser d’être aussi agitées. Mais ce soulagement ne saurait durablement cacher que la censure a été remise en place, que des manifestants se sont fait tabasser, que l’armée semble être à la solde de forces anti-démocratiques et que les acteurs de cette catastrophe ont l’intention de profiter de ce soulagement, de notre essoufflement pour nous repasser la même chanson que par le passé.
*A ne pas confondre avec Lord Ghagha, représentant exhilé des nousnoushdistes, en tatounasien, des enaenazedistes
Partout sur le web, on les entend distiller à nouveau la peur : « le pays doit redémarrer, il faut qu’on travaille, on ne peut pas laisser notre économie d’effondrer, si ça continue je vais devoir virer une de mes trois secrétaires, si ça va plus loin le chômage va exploser, tout ça va nous amener des barbus, on laisse de la place aux intégristes si… »… j’en passe et des meilleures. C’est vrai que ces 23 dernières années ont été celle d’une formidable croissance économique. La capitale a changé de gueule, la modernité s’y est installée et les Zizi et autres riches tatounasiens ne sont de loin pas les seuls à en avoir bénéficié. On est nombreux, très nombreux à avoir vu notre situation s’améliorer ces vingt dernières années ; beaucoup par chance et certains à force de mérite aussi. Mais on reste minoritaires, et ces améliorations lorsqu’elles concernent la majorité des tatounasiens ne sont que des miettes à la lumière de ce qui leur a été volé. Dommage que le reste du pays (en dehors des sites touristiques) n’en ait pas profité, dommage qu’il ait continué à crever. C’est vrai que cette croissance a généré plein d’emplois, dommage que cela n’ait pas été assez, dommage que les employeurs aient préféré mettre cette croissance au service d’un « toujours plus » pour eux, et non pas pour l’ensemble de la société.
En fait, Lela Zizi et sa bande de chacals ont été une très bonne chose pour ce pays. Ils nous ont obligés à tomber au fond du trou. Un pays entier qui se vautrait dans le confort de la belle lumière tatounasienne, de l’idée tellement réconfortante que « chez nous, personne ne meurt de faim », du beau reflet que nous renvoyait le regard de nos hôtes inconscients de ce qui se tramait, ce pays a petit à petit dû renoncer à ses illusions, à ses aises et avaler ce qui depuis 87 n’était en fait rien d’autre qu’une belle couleuvre. Un silence de honte et de gêne s’est installé, a duré, duré. Un silence mal à l’aise au pays et en dehors. Et enfin, il y a quelques semaines, toute cette gêne, tout ce silence, toute cette honte n’ont plus réussi à faire taire le désespoir : soudain, un des nôtres a eu moins peur de la fureur de Dieu que de son avenir et croyants ou pas, nous savons tous à quel point il a dû souffrir pour en arriver là.
Ce que les défenseurs de Ghachichi* et de la reprise économique du pays ne disent pas alors que tout le monde le sait c’est qu’avant le 17 décembre 2010, la plupart des habitants de ce pays, son immense majorité crevait de silence, d’oppression et de misère mentale à force d’absence d’espoir d’un avenir meilleur. Ce qu’ils ne disent pas c’est que ce n’est pas la situation économique de cette immense majorité qui a ou aurait changé. Ce qu’ils ne disent pas c’est que ceux pour qui la situation a économiquement changé, c’est ceux pour qui elle était déjà de supportable à excellente ; ce sont eux qui risquent de perdre leurs emplois, de devoir annuler leurs vacances et renégocier un crédit à leur banque, ce sont ceux qui ne trouvent plus les marchandises importées dont ils ont besoin à Carrefour, ce sont eux qui ne peuvent plus passer leur week-ends à Paris, Dubaï, Genève ou même Hammamet car l’aéroport de Tatous n’assure plus tous les vols et que les routes ne sont pas sures, ce sont ceux qui alors qu’ils survivent ou gagnent des millions tatounasiens et/ou européens ont bénéficié de la croissance économique tatounasienne. Pas les oubliés du monde qui ont eu le courage de hurler par le feu leur fureur et leur misère ! Pas ceux qui se sont fait bastonner à la Kasbah ! C’est pour des tatounasiens pour qui les choses allaient encore pas trop mal voir mieux que ces dernières semaines ont été économiquement difficiles, c’est leur marge de bénéfice pour l’année 2011 qui est sérieusement menacée si les soulèvements populaires se poursuivent. Bien sûr que des secrétaires, des chauffeurs et autres esclaves de la croissance économique tatounasienne obtenue à coups de bâtons ces 23 dernières années peuvent perdre leurs emplois, bien sûr que les cadres du secteur privé tatounasien vont peut-être voir leur commissions/salaires etc. diminuer et bien sûr que tous ces gens ne sont ni Zizi ni Crésus, mais ils ne sont pas en train de crever de faim non plus, pour le moins ils mangent, pour le plus ils emploient, dépensent et investissent sur le peuple tatounasien et sa capacité à aplanir les difficultés, à trouver des solutions et à retrousser ses manches pour travailler.
Je me pose et vous pose honnêtement la question, à part les morts, les blessés et ces derniers jours les militants et leurs familles, avec lesquelles je pleure et suis fière à la fois, qui véritablement a vu sa situation se péjorer de telle manière qu’elle puisse elle aussi nous donner à pleurer ? Ceux qui ont vu leur maison saccagée avait une maison, ceux qui ont perdu leur emploi en avait un, ceux dont les charters sont vides, avaient des charters etc.
Alors s’il vous plait, la plus privilégiée des classes moyennes du monde arabe, fermez-la un peu, arrêtez de dire que Ghachichi c’est pas si mal, arrêtez d’insulter nos morts en prétendant que tout cela a assez duré, arrêtez de donner des leçons de politique alors que vous pensez depuis 23 ans que cela veut dire la même chose que croissance économique. Je suis issue de cette classe moyenne privilégiée qui a tout intérêt à ce que le pays se dépêche de retourner aux affaires et ce n’est que parce que j’ai grandi à l’étranger, dans un pays ou la liberté d’expression est si naturelle qu’avant de découvrir effarée l’état de la Tatounasie en tant qu’adolescente, je ne savais même pas ce que cela voulait dire ou représentait. C’est grâce à ce statut d’expatriée que j’ai pu mesurer au plus juste ce silence, cette oppression, cette misère mentale. C’est en entendant, honteuse et égarée, de nombreux membres de ma famille et leurs amis défendre le régime de Zizi en me parlant de routes construites dans le sud, de l’électricité accessible à tous, d’absence de problèmes d’intégrisme, de sécurité dans les rues de Tatous et de campagnes d’alphabétisation que j’ai appris moi aussi, que j’avais beau grandir dans une démocratie européenne, j’étais moi aussi concernée par le silence, l’oppression et la misère mentale.
Je sais, je sais, ça va être impossible à digérer pour la plupart des tatounasiens que j’insulte (à mon grand regret) dans cette note, mais si si, les tatounasiens ne vivant pas en Tatounasie et n’ayant pas partagé vos souffrances, souffrent aussi. Souffrent plus que vous parfois classe moyenne la plus privilégiée du monde arabe. Ils souffrent plus que vous parfois parce qu’en Occident, aussi difficile à croire que cela puisse paraître, il est moins facile de nos jours d’accéder à cette fameuse classe moyenne qui de toutes façons est malade, parce qu’ils sont soumis à l’étranger aux règles du jeu démocratique justement, qu’il n’est pas possible de distribuer des pourboires pour améliorer le service qu’on reçoit ou d’avoir des domestiques à plein temps pour se faire aider, ou même d’avoir une maman, un père, des tatas ou des grand-mères sous la main pour s’en sortir dans les situations difficiles. Ce ne sont que des exemples, ceux qui me touchent moi, mais il y en a tant. Ils souffrent aussi parfois plus que vous parce qu’ils ont honte.
Oui, honte. Honte d’avoir des droits que dans leur pays ils n’auraient pas et honte d’être originaires d’un pays ou les citoyens n’ont aucun droit. Honte par le passé dans les couloirs de l’université d’avoir envie de manifester pour l’indépendance de l’Erythrée, mais de n’avoir ni l’envie, ni le courage, ni même d’idée sur la manière dont il faudrait se battre pour la Tatounasie. Honte aujourd’hui de crier honte à la corruption en Côte d’Ivoire et de bien gentiment fermer sa gueule sur Zizi puis sur Ghachichi, honte d’avoir eu peur avec vous tatounasiens de Tatounasie alors qu’ils auraient pu peut-être profiter de leur situation protégée pour protester, communiquer, faire parler. Honte aussi de ce en quoi ce silence a pu, même ne serait-ce qu’un peu, leur bénéficier. Parce qu’à l’étranger, le tatounasien, c’est souvent « le musulman qui boit de l’alcool, le musulman qui permet à sa femme de se mettre en bikini », bref, le musulman qui ne pose pas de problème, et c’était bien pratique, dans cette guerre de marketing livrée contre l’Islam en Occident de pouvoir se mettre à l’abri derrière les prétendues libéralités et modernité de notre pays.
Dans cet ailleurs dans lequel je vis depuis quelques semaines, je rencontre tous les jours des kenyans, des philippins, des tchèques, des éthiopiens, des tchadiens, des yéménites, des égyptiens, des européens aussi… A l’occasion des quelques mots qu’on échange il arrive qu’on parle de la Tatounasie et de tous j’ai le même écho : « j’ai vu ce qu’il se passe en ce moment en Tatounasie , je n’avais aucune idée que les gens souffraient tellement dans votre pays, j’ignorais que vous aviez un tel tyran au pouvoir ». Et malgré la révolution en cours, malgré les derniers évènements, malgré mon absence de responsabilité active dans le maintien toutes ces années de la dictature tatounasienne, j’ai honte, parce que je n’ai rien dit, rien fait, ou pas assez, et qu’ainsi j’ai moi aussi véhiculé une réalité trompeuse sur la Tatounasie et ai participé à l’écrasement du peuple tatounasien par Zizi et sa bande de truands. Si seulement j’avais eu un peu de courage, si seulement j’avais lutté contre la peur de ne plus pouvoir rentrer au pays voir mon père, si seulement… qui sait, peut-être que cela n’aurait pas été aussi loin ? Et je parie que c’est ce qu’on s’est tous dit et que cette peur est le dénominateur commun de tous les tatounasiens ici, là-bas ou au pays.
Nous autres les tatounasiens de l’étranger avons donc participé, soutenu un régime de silence d’oppression et de misère mentale et nous en avons souffert aussi. Alors comme vous nous vibrons, nous pleurons, nous nous réjouissons de voir tout cela peut-être se terminer. Et faisant partie dans l’esprit de beaucoup de tatounasiens des privilégiés, j’ai envie de dire de l’intérieur à mes complices frères privilégiés , ceux qui s’essoufflent aujourd’hui, ceux qui paniquent à l’idée de voir leur bénéfices/revenus/privilèges/facilités continuer à diminuer et peut-être risquer de disparaître : arrêtez, arrêtez de semer la peur, vos souffrances sont immenses mais plus grandes encore sont les merveilles qu’elles pourraient mettre à notre portée ! Faisant aussi partie des heureux expatriés, j’ai envie de dire de l’intérieur aussi à mes complices frères expatriés, ne vous taisez plus, parlez, communiquez, luttez, retrouvez votre courage, votre honneur, n’ayez plus peur. Il suffirait peut-être juste d’un tout petit peu de témérité, d’oublier quelques secondes le danger, et la Tatounasie du début de l’année recommencerait à gronder et ne se laisserait pas flouer !
Car tout le monde sait que l’abcès n’est pas vidé. Ghachichi soutenu par les américains et le monde des affaires en Europe et surtout en Tatounasie nous joue un bon petit tour de passe-passe. Le simple bon sens comme le raisonnement le plus élaboré devraient nous conduire à la conclusion logique que non, ce n’est pas terminé, ça ne peut pas être terminé : le bras droit de Zizi et ses conseillers ne peuvent pas gouverner cette honnête et saine Tatounasie dont nous rêvons. Même de manière temporaire. Ils devraient être en prison. Il est impossible que cet homme et les autres membres du gouvernement et les chefs d’administration de l’époque Zizi n’aient pas au mieux simplement fermé les yeux, au pire cautionné, soutenu et encouragé les méfaits de Zizi et des siens. Ils ont les mains sales, parce qu’ils les ont plongées dans les mêmes détritus. Il suffit de voir comment toute cette situation est gérée, la censure, la violence, l’inefficacité, l’opacité sont plus présents que jamais. Rien n’est fait, ne vous laissez pas manœuvrer, ne vous laissez pas aller au confort encore une fois, continuez à résister. Faîtes les dégager. C’est parce que toutes les classes sociales de Tatounasie se sont solidarisées pour se débarrasser de Zizi qu’il a dégagé. Et il n’était que la partie visible de l’abcès, il reste encore tout le pus, Ghachichi, Bacàcaca et autres comparses ; et il reste aussi tous ces gens, toutes ces nations occidentales pour qui des tatounasiens sous contrôle, des tatounasiens brimés, écrasés et soumis valent de l’or. Si cette solidarisation ne se poursuit pas pour mettre en place une vraie démocratie, sans mensonges, négationnisme et hypocrisie alors Mohamed B. ne pourra pas renaître dans nos mémoires comme un martyr, il restera pour toujours, comme nous tous, une victime.
Je suis les évènements en Tatounasie sur le web depuis des semaines et ces derniers jours, pour la première fois, j’ai senti une grande lassitude chez tous les tatounasiens au pays, et à l’étranger aussi. Il doit y avoir du soulagement à voir les choses cesser d’être aussi agitées. Mais ce soulagement ne saurait durablement cacher que la censure a été remise en place, que des manifestants se sont fait tabasser, que l’armée semble être à la solde de forces anti-démocratiques et que les acteurs de cette catastrophe ont l’intention de profiter de ce soulagement, de notre essoufflement pour nous repasser la même chanson que par le passé.
*A ne pas confondre avec Lord Ghagha, représentant exhilé des nousnoushdistes, en tatounasien, des enaenazedistes
mercredi 22 décembre 2010
Décalage ou décrochage?

Pendant que certaines femmes en sont à se poser la question de la légitimité de leurs désirs/rêves d'égalité dans un contexte économique de crise (aussi bien en Tatounasie qu'en Haut-Valais) d'autres explosent les barrières mentales à coups de kalachnikov multi-viseur! Joumana Haddad revendique certes l'égalité hommes-femmes, une participation plus importante de celles-ci aux activités politiques au Liban et dans le monde arabe en général etc., mais surtout, elle exprime en toutes lettres, en images et en revue (jasadmag.com, jasad veut dire le corps en arabe) son espoir, son combat pour voir les femmes (arabes) vivre tout ce que les hommes (arabes, les hétérosexuels et nantis au moins) vivent pleinement depuis toujours, c'est à dire Y COMPRIS et SURTOUT la liberté sexuelle, la liberté fantasmatique et leur expression naturelle libre.
Lire "J'ai tué Schéhérazade. Confessions d'une femme arabe en colère", Sindbad-Actes Sud
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mardi 2 novembre 2010
jeudi 29 avril 2010
Méchant mais tellement drôle!
vendredi 2 avril 2010
Patrimoine culinaire suisse

A défaut de pouvoir se vanter de son patrimoine gastronomique ancestral, la Suisse intègre enfin son histoire de mixité, la richesse ethnique liée à sa position géographique au centre de l'Europe et les apports de son immigration au patrimoine culinaire national. En effet l'association du patrimoine culinaire suisse définit en premier lieu un produit suisse comme étant issu d'une "tradition d’au moins une génération (c.-à-d. qu’ils ont été transmis et sont donc produits depuis 40 ans sans interruption)".
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lundi 15 juin 2009
Bulfuckingarie ou le journal d'un passé en mouvement, chapitre 21
First time in Bulgaria?
Je reçois très souvent ces derniers temps des mails offusqués d’amis se plaignant d’avoir été désinscrits de ma mailing list bulgare. Je prends donc le soin de répondre de manière groupée à tout le monde à ce sujet et de vous donner quelques nouvelles. Non, non, non, je n’ai supprimé personne de ma mailing list! Comment pouvez-vous penser que je ferais une chose pareille alors que je vous ai fait subir un excès de nouvelles quasiment pendant un mois? En quel honneur vous punirais-je soudain? C’est fou le nombre de gens qui vivent selon un schéma sado-maso finalement... (sic). Donc non, je n’ai supprimé personne. En revanche, oui, je passe beaucoup moins souvent au cyber café. D’une part parce que mes problèmes d’ordinateur à l’école ont été réglés et que je dispose maintenant durant un nombre d’heures fixe par semaine de la possibilité d’utiliser un traitement de texte pour mes rapports et autres paperasses, d’autre part parce que je n’ai que peu de temps pour le faire finalement. Pourquoi peu de temps ? Bah.. trop de bulgares en Bulgarie. Trop de choses à faire à Varna. Je passe du temps seule, faut pas croire, mais ce temps j’en ai besoin. Pour réfléchir, noter, contempler (la mouette rieuse qui vient se poser sur le bord de mon balcon depuis le passage de N.), rêver en bulgare, faire des essais linguistiques devant mon miroir, chanter à tue-tête « Nasat, nasat » tirée du répertoire macédonien et dont la nostalgie me tue. Bref, du temps pour « ne rien faire ne Bulgarie ». le premier mois c’était une idée que je ne pouvais même pas envisager cela m’est absolument nécessaire. « Ne rien faire en Bulgarie », c’est aussi des promenades au bord de la mer, en longues séances de lectures dans les divers bistrots (chauffés) de Varna, des errances rêveuses sur les marchés ou des flâneries au pas de course (ben oui, quand on flâne et qu’on se les gèle) dans les rues du centre de Varna. N. vous le dira, Varna est une petite ville (officiellement 400'000 âmes, en vérité moitié plus et le triple en été). J’y croise régulièrement la vieille dame qui ramasse les fleurs pourries sur les marchés et essaie de les vendre dans des cafés. Elle a deviné au premier coup d’œil que je « croyais pas au même dieu qu’elle » et fait depuis moultes hypothèses sur mes origines ethniques. Elle est un peu folle et il faut tout lui dire plusieurs fois. Je croise également le type qui circule en patin à roulettes en se faisant trainer par un husky en laisse (il a tapé dans l’œil de N. puisqu’en plus d’être zinzin il a belle allure avec sa jaquette jaune), un autre type qui m’arrête à chaque fois et me parle longuement en bulgare bien que je lui affirme ne pas comprendre un mot de son charabia, toujours le même. Nous en sommes à la sixième édition de ce monologue qui me semble à chaque fois identique et qui raconte en gros que je ressemble à une présentatrice de la télévision câblée russe. Je crois aussi les moutras (hommes de main) venus, à cinq en Ranger Rover noire aux vitres fumées, de Sofia, pour déposer de l’argent ou des cadavres à la banque. J’ai même croisé alors que je me promenais bras dessus, bras dessous dans le jardin maritime avec N. un exhibitionniste dont la gueue malgré le froid, ressemblait à une trombe d’éléphant barissant ! Et puis il y a tous ceux que je ne croise pas, ou si peu. La majorité des habitants de Varna, qui habite hors du centre et en sort peu : des retraités qui (sur)vivent avec à peine trente euros par mois, des enfants qui ne voient la cathédrale, pourtant si jolie la nuit, qu’une fois par an lors d’une sortie scolaire. Les mères qui courent entre leur quartier et ceux dans lesquels elles travaillent, prenant soin de s’arrêter lors de chaque trajet à la maison pour voir si les enfants vont bien… Bon c’est vrai, je sors aussi et comme promis, je vous ai remplacés. Pas tous bien évidemment, ce n’est pas possible. Mais j’ai les expatriés du coin pour ne pas vous oublier : Madame Femme-oiseau pour les bonnes bouffes, Monsieur Mouetterieuse poru me souvenir que la gente masculine est irrécupérable, Mademoiselle Jairienadire pour être confrontée à l’insoutenable incommunicabilité des êtres et Monsieur Arracheorganevital pour m’aider à penser. L’Europe de l’Ouest est ainsi bien représentée, trop même parfois et je me roule dans la bulgarité avec plus de passion encore lorsque je la retrouve. Svetlana Svetlanovy dont certains d’entre vous ont découvert les histoires me casse un peu la tête parfois. C’est vrai qu’elle n’aime pas considérer « the bright side of life » et c’est vrai que c’est dur pour moi en Bulgarie de faire autrement et que du coup je coince quand elle me répète pour la 343,328 fois que l’avenir est sombre. C’est vrai aussi que je suis complètement zinzin dès que j’ai une bouteille d’eau de javel à la main et que cela peut sembler insultant pour les notions d’hygiène locales, mais je n’y peux rien.
Dans la famille de ma mère, ils sont accros à la Javel de mère en fille depuis des générations… Au final, nous parvenons la plupart du temps à nous en sortir avec le sourire, et c’est l’essentiel. Je vais aussi souvent assister à des vernissages et dois vous avouer tristement qu’aucun n’a eu l’heur de m’intéresser plus de deux secondes alors que les artistes eux me plongent dans une fascination intense à chaque fois.
Avec Maria, je travaille et puis surtout je fête régulièrement des évènements incontournables : son anniversaire, la réussite de son examen x, l’échec de son examen y, la faillite de son ancien patron, le retour du soleil, la fin proche de l’hiver, la perte d’une dent de lait de sa fille, la Saint Valentin, la fête de la première taille de la vigne (Trifonne Zarazan, mon nouveau petit nom. Vous pouvez sans autre m’appeler Trifonne ou Zarazan à présent… j’adore), la Sainte Martha bientôt etc. Tous les prétextes sont bons ici pour faire la fête et finalement c’est pas plus mal. Sauf pour le foie forcément ,mais je fais attention. Avec Pavel, son ami, je discute les mérites respectifs du lino et de la moquette, du orange ou du turquoise pour les murs de la chambre, d’un seuil en ciment ou en bois, de perceuses électriques et de contrebande. De ses expériences à la frontière sino-russe et des miennes ici. Je voyage quand il me raconte et il se rend compte que je voyage quand je lui parle. Son anglais s’améliore de jour en jour et mon bulgare lui aussi s’affirme un peu plus puisque je le parle vraiment avec Pavel.
Je voudrais aussi vous parler des Roussevi, les peintres Marina et Nikolaï, les seuls dont j’aime le travail jusqu’ici parmi ceux que j’ai rencontrés, de leur fille Darina, de leur ribambelle d’animaux et de leurs tableaux. De Vladimir le frère de Svetlana et de sa disponibilité, de Diana sa mère qui s’est mis en tête de me faire goûter les spécialités bulgares home made durant mon séjour, de Galia (enfin, des trois Galia-s que j’ai rencontrées), des enfants de Kapka, Itay et Yoanna qui font de l’escalade dans l’appartement voisin et se balancent de mur en mur alors qu’ils sont à peine hauts comme trois pommes. De leur beau-père, marin dont le regard clair est un des plus doux qu’il m’ait été donné de voir et un des plus respectueux aussi. Respectueux de ma différence, de celle de N., de toutes les différences qu’il croise au cours de ses expériences à bord de chalutiers bulgares ou étrangers. J’aimerais aussi vous faire connaître le patron de ma cantine, le restaurant qui à lui seul cumule les avantages de la propreté, de la proximité, de la qualité. Serguei son gérant met de la musique française à chaque fois que j’arrive chez lui et m’a copié ses trésors sur trois que j’écoute parfois des après-midi entières en boucle : « Viens, viens, c’est une prière viens, viens.. », Marie Laforet, cela vous rappelle quelque chose? Bon sang qui aurait cru que je chantonnerai ca un jour?????). Je pourrais aussi vous parler des jeunes filles qui travaillent au « denonocht magazine » (jouretnuit magazin), toujours souriantes, malgré les cargaisons de kiwis Tchernobyl qui encombrent parfois leur comptoir (pardon N.). Bref, encore une fois, c’est Vian et Brasseur qui me viennent à l’ esprit : tant de choz zavoir, zavoir zé à entendre...
N. était là comme vous avez du le comprendre. Elle sait de quoi je parle. Et surtout, surtout, elle a survécu. Bien sur elle a eu du bol et la tempête s’est arrêté l’avant-veille de son départ et a repris pas même une heure après son atterrissage à Sofia aujourd’hui, mais il faisait tout de même froid durant son séjour et il a neigeoté à plusieurs reprises. Je vous assure que la vue d’une égyptienne arpentant les rues de Varna un bonnet rouge sur la tête, un châle cairote autour des épaules et la langue tendue vers le ciel pour gouter les flocons est un spectacle qui vaut son pesant d’or bulgare. Vous voyez, elle n’est pas morte, elle est même ravie, repartie les valises pleines de delikatessen et le sourire aux lèvres. C’est la seule qui a jusqu’ici osé braver l’hiver bulgare et venir me rendre visite AVANT le retour du printemps. L’hiver bulgare le lui a bien rendu et a été clément avec elle: il neigeait certes, mais sous le soleil... Sa première fois en Bulgarie lui a tant plu qu’elle parlait déjà au bout du troisième jour de son prochain séjour.
J’arrête la ma propagande pro-Varna ... j’en ai surement déja trop fait. Voila en gros de quoi ma vie est faite. Je pourrais vous faire une liste de mots si vous le souhaitez. Sans les mettre ensemble. Sans les trier. Juste les aligner: bonheur, plaisir, froid, tempête, blanc, neige, Rakiya, Technicum (on a trouve un partenaire!), Balkans (un autre monde), Montenegro (les plus beaux hommes du monde), Istanbul (j’y vais en avril), mer (elle est bleue), kalkan (turbo bulgare, miam), château, monastère, Odessa (c’est en face), vins (dobel miam), Lada, Communisme (encore au moins 20 ans pour en diminuer sensiblement les effets), corruption, mort (des assassinats mafieux en série), accidents, verglas, ski, sécheresse, invasions mongoles (je lis tout ce que je trouve sur l’histoire de la région) il faut que j’arrête là cela pourrait durer des heures ce jeu. Et je n’ai pas envie de passer des heures au cyber. Je le ferai peut-être à la main, un jour ou j’aurais envie de ne « rien faire en Bulgarie ». Je pense bien à vous toutes et tous, prenez soin de vous comme un bulgare le ferait.
Zafrou
N.: tu me manques déjà, reviens, fais moche en Inglitira.
Diote: le maitre et marguerite, que j’ai emmené avec moi pour le lire a ensoleillé ma première quinzaine de février. Merci d’avoir voulu le partager avec moi. Je me félicite de l’avoir économisé. Je viens de le prêter a M. Arracheorganevital.
Samuel: j’ai reçu ton mail, je suis navrée de voir que ta tête est une telle prise de tête. Je te réponds mieux bientôt
Aza: sois gentille avec ta mère
Ouis: N. et moi nous demandions si tu serais encore au Yemen en Septembre
Mamie: j’espère que te voila rassurée
Brie: j’ai reçu ta lettre et le potlatch de Yia, je réfléchis à la possible surenchère
Rafu: merci
Bama: attrape un bon bouquin les soirs ou mes récits te manquent vraiment trop cruellement. Tiens au hasard « le maitre et marguerite » de Boulgakov. Tu verras c est succulent et des tonnes de niveaux au-dessus du mien
Herve: on joue a perdu de vue?
Tous les autres: roulage de pelles virtuelles
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